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lundi 10 juin 2019
mercredi 1 mai 2019
Macron droit dans le mur ! Le bilan amer des gilets jaunes
Par Lucas Bretonnier, Laurence Dequay et Alexandra Saviana
Après cinq mois de crise, quelque 1.400 débats dans toute la France et
des mesures qui sont loin de faire l'unanimité, les "gilets jaunes" ne
se sentent toujours pas entendus.
Peut-on
sortir de cinq mois de crise comme on referme une parenthèse un peu
pénible, en calmant les mécontents à coups de mesures sectorielles ? Le
mouvement des « gilets jaunes », par la puissance de son surgissement
comme par la peur et le rejet virulent qu'il a suscités chez certains
représentants des « élites », nous raconte l'état profond du pays.
Evidemment, la déliquescence du mouvement, au fil des « actes », et les
ignobles slogans, tel ce « suicidez-vous ! » lancé aux policiers, en ont
incité beaucoup à rentrer chez eux. Mais la rancœur, l'envie d'être
entendus, de se sentir pleinement citoyens, n'ont pas disparu.
Marianne est retourné interroger ces « gilets jaunes » des premières heures, ceux qui s'étaient mobilisés pacifiquement. Ils jugent sévèrement l'évolution du mouvement, mais ne renient rien de leurs revendications. Les annonces d'Emmanuel Macron ? Ils n'y voient que des mesures disparates. Pas toutes mauvaises, bien au contraire. Mais à côté de la plaque. Rien qui réponde à l'enjeu majeur apparu au mois de novembre : le décrochage de certains territoires et de certaines populations des petites classes moyennes. Le RIC à l'échelle locale (moins subversif qu'à l'échelle nationale), le moratoire sur les fermetures d'hôpitaux et d'écoles… Pourquoi pas ? Mais on traite les symptômes sans vision d'ensemble. Surtout, quelle aberration : la réponse était rédigée, enregistrée, Notre-Dame a tout bousculé, et il faudrait attendre d'une prise de parole nouvelle ce qui n'était pas dans la première mouture ? Un lapin sorti du chapeau pour époustoufler le chaland ? Situation ubuesque ! Pourtant, les propositions existent, parfois dans le camp même du président. Encore faut-il identifier les causes de la crise plutôt que s'accrocher à un modèle qui a échoué.
Marianne est retourné interroger ces « gilets jaunes » des premières heures, ceux qui s'étaient mobilisés pacifiquement. Ils jugent sévèrement l'évolution du mouvement, mais ne renient rien de leurs revendications. Les annonces d'Emmanuel Macron ? Ils n'y voient que des mesures disparates. Pas toutes mauvaises, bien au contraire. Mais à côté de la plaque. Rien qui réponde à l'enjeu majeur apparu au mois de novembre : le décrochage de certains territoires et de certaines populations des petites classes moyennes. Le RIC à l'échelle locale (moins subversif qu'à l'échelle nationale), le moratoire sur les fermetures d'hôpitaux et d'écoles… Pourquoi pas ? Mais on traite les symptômes sans vision d'ensemble. Surtout, quelle aberration : la réponse était rédigée, enregistrée, Notre-Dame a tout bousculé, et il faudrait attendre d'une prise de parole nouvelle ce qui n'était pas dans la première mouture ? Un lapin sorti du chapeau pour époustoufler le chaland ? Situation ubuesque ! Pourtant, les propositions existent, parfois dans le camp même du président. Encore faut-il identifier les causes de la crise plutôt que s'accrocher à un modèle qui a échoué.
“NE PLUS RIEN ATTENDRE”
JÉRÉMY MARTIN, 32 ANS. Cadre commercial (Seine-Saint-Denis)
Depuis
qu'Emmanuel Macron a écarté l'idée d'instaurer le référendum
d'initiative citoyenne que nous réclamons, je n'attendais plus
grand-chose de ce pseudo-« grand débat ». Sans ce renversement, cette
évolution vers une VIe République qui ferait primer la démocratie
directe sur la démocratie représentative, nous ne pourrons vaincre les
lobbies qui nous empêchent notamment de défendre le climat, l'écologie.
Je suis commercial dans le transport. Je vois notre pays se
désindustrialiser, des dizaines de PME souffrir et licencier. J'ai aussi
rejoint les « gilets jaunes » pour que cesse l'évasion fiscale,
l'optimisation, qui profitent uniquement aux grands groupes. Le ministre
de l'Economie, Bruno Le Maire, va taxer un peu les Gafam, c'est
positif. Cependant, il n'a encore rien fait contre les abus de la
finance, du CAC 40. Or il faut que chacun paye son impôt en toute équité
! Je suis tout de même partagé sur l'évolution du mouvement des « gilets jaunes
». D'un côté, l'engagement des black blocs, des « ultrajaunes », met la
pression sur le gouvernement. De l'autre, il nous fait perdre des
manifestants qui ont peur, comme nombre de mes amis, de perdre un œil,
un pied, dans les affrontements avec la police. Toutefois, les « gilets
jaunes » ont commencé et réussi, malgré les difficultés, à se
structurer, à désigner des représentants. J'irai donc, à leur appel,
manifester le 1er mai.
“PROTESTER QUEL QU'EN SOIT LE PRIX”
MARTINE NOURRY, 37 ANS. Conseillère principale d'éducation (la Réunion)
Je
ne suis pas très optimiste. J'ai vu l'incendie de Notre-Dame avec des
amis, à la télé. Nous nous sommes dit que nos demandes sociales
passeraient au second plan. Les premières réponses de Macron sont, selon
moi, bien différentes des attentes des « gilets jaunes ». Vous ne
résoudrez pas les problèmes des Français en vous penchant sur le cas
d'une école comme l'ENA, qui, malgré tout, assure un minimum d'égalité
des chances grâce à son concours. Après, il faut reconnaître que notre
situation, à la Réunion, est assez différente de celle de l'Hexagone.
Nos demandes le sont aussi.
Nous avons réalisé qu'il a suffi jours
de mobilisation pour que l'île soit bloquée, qu'elle était très
vulnérable aux importations. Depuis, nous réfléchissons à notre
alimentation, à la manière aussi dont nous élevons notre cheptel. Pour
répondre à ces questions, nous espérons que nous finirons par obtenir un
référendum d'initiative locale pour pouvoir nous prononcer. En
revanche, je trouve inadmissible que l'Etat, dans l'Hexagone ou
ailleurs, violente sa population. Les « gilets jaunes » ne sont pas des
sauvages. Ce sont des personnes désespérées. Je trouve triste que l'on
en vienne à utiliser autant la force face à une manifestation populaire.
Il y a une vraie incompréhension face à ce mouvement. Le fait que les «
gilets jaunes » continuent de descendre dans les rues montre que ce
sont de vrais opposants politiques qui veulent protester, quel qu'en
soit le prix.
“NOUS VOULONS VIVRE DE NOTRE TRAVAIL”
RICHARD PATIENT, 45 ANS. Auxiliaire de vie scolaire et DJ (Seine-Maritime)
J'attends
toujours la ou les mesures qui augmenteraient notre pouvoir d'achat. Le
président a, certes, relevé de 100 € la prime d'activité. Mais cette
aide reste imprévisible : elle varie en fonction du nombre d'heures que
l'on parvient à travailler. Et il suffit de gagner un peu trop pour ne
plus y avoir droit. Je préférerais qu'il revalorise le Smic à 1 500 €
net ! Car notre message principal, celui qui m'a poussé à endosser un
gilet, c'est notre aspiration à vivre de notre travail !
Nous ne sommes pas des « fainéants ». Moi, j'accepte la polyvalence. Avec mon Bafa [brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur], pour
travailler 35 heures par semaine, je cumule trois emplois à temps
partiel : auxiliaire de vie scolaire dans une école primaire, assistant
le midi à la cantine et assistant de vie périscolaire le soir. Cet été,
je travaillerai dans les centres aérés de ma ville. Mais je ne sais pas
comment se présentera la rentrée en septembre…
Je suis toujours
membre d'un groupe Facebook de « gilets jaunes », même si certaines
tentatives de récupération politique, notamment à l'extrême droite, me
hérissent. Simplement, je ne défile plus tous les samedis, car je trouve
qu'avec les confrontations violentes ça tourne en rond. La dernière
fois, c'était en janvier, j'avais installé une enceinte sur mon vélo et
diffusé un madison. Des « gilets jaunes » ont commencé à danser en
ligne, c'était très sympa… Malgré tout, ce mouvement a un mérite :
montrer que nous ne pouvons nous satisfaire de nos conditions de vie.
“NOS SITUATIONS NE S'AMÉLIORENT PAS"
DELPHINE NOTELET, 45 ANS. Aide à domicile pour personnes âgées (Calvados)
Pour
moi, les annonces d'Emmanuel Macron n'ont jusqu'ici rien changé. Avec
mon compagnon qui perçoit une retraite de 1 100 € net, et moi, un
salaire équivalent, nous avons rempli le formulaire de simulation de la
CAF. Résultat, nous n'avons pas droit à l'augmentation de la prime
d'activité ! En outre, comme le prix de l'essence remonte, dès le 20 du
mois, je dois demander un acompte sur ma prochaine paye pour payer mon
essence. Je ne vais plus au Leclerc, seulement au Aldi, pour un
demi-chariot, car je ne peux me permettre d'acheter plus. Les retraités
dont je prends soin, et pour lesquels je me suis mobilisée, ne voient
pas davantage leur situation s'améliorer. Aussi, j'ai beau être
chrétienne, l'avalanche de dons promis après l'incendie de Notre-Dame me
choque lorsque je la compare à l'indifférence à l'endroit des pauvres
qui mendient au Havre, des difficultés de certaines de mes collègues qui
fréquentent à l'année Les Restos du cœur… Sur le rond-point, nous avons
fini par nous diviser.
Certains « gilets jaunes » ont accepté
l'invitation de la mairie de Honfleur de migrer dans une cabane près du
terrain de foot. Je suis encore choquée d'avoir été gazée sur les
Champs-Elysées avec des personnes de plus de 70 ans, alors que nous
défilions sans rien casser. J'ai peur qu'avec Emmanuel Macron le pays ne
finisse en guerre civile.
“MACRON FAIT DE LA RÉCUPÉRATION”
GILLES LATOUR, 49 ANS. Eleveur (Meuse)
Emmanuel
Macron essaie de gagner du temps pour les élections européennes. Je
sais que ses propositions ne vont certainement rien changer pour moi. La
suppression de l'ENA ou de l'Ecole nationale de la magistrature,
qu'est-ce que ça peut changer à ma vie ? Je ne suis même pas certain que
ça permette de faire de vraies économies. J'ai l'impression que Macron a
profité d'un désastre culturel, l'incendie de Notre-Dame, pour faire de
la récupération politique. C'est lamentable. D'ailleurs, cet épisode a
montré une chose : quand on veut, on trouve de l'argent. Pour
reconstruire ce qui n'est, finalement, qu'un tas de cailloux… Alors
qu'on ne trouve pas un centime pour sauver les gens qui crèvent de faim
dans notre pays. On marche sur la tête.
J'espère qu'il ne pense
pas que ces mois de débat nous ont fait oublier ce qu'il se passait dans
le pays. Il risque d'y avoir du monde dans la rue ce 1er probablement
davantage qu'Emmanuel Macron ne le pense. J'irai sans doute manifester.
Car, depuis le début du mouvement, rien n'a changé dans ma vie. Après
toutes ces semaines de manifestation, je suis toujours « gilet jaune ».
Même si j'ai dû lever le pied pour m'occuper de mon exploitation, de mes
animaux. Mais, dans mon secteur, nous sommes toujours mobilisés : nous
avons loué une cabane 30 € par mois au département. C'est symbolique,
mais nous voulons montrer que nous sommes toujours là… Malgré les
violences qu'il a pu y avoir dans certaines manifestations ou les
intimidations que nous avons pu subir.
“CES MESURES SONT UN GADGET”
ANNE-SOPHIE HERREWYN, 48 ANS. Infirmière (Bouches-du-Rhône)
Je
suis toujours « gilets jaunes ». Les violences sont condamnables et les
« suicidez-vous ! » scandés la semaine dernière, inacceptables. Mais il
faut se rendre compte de la violence policière : j'ai vomi pendant deux
jours après avoir respiré du gaz lacrymogène en manifestation. Avec les
« gilets jaunes » de la Barque [un péage autoroutier près d'Aix-en-Provence] ,
on a réussi à convaincre la maire d'Aix de nous mettre un local à
disposition. On essaye de créer des événements. Le 5 avril, par exemple,
on a fait une conférence qui a réuni 250 personnes avec le Syndicat de
la magistrature, Attac, la Ligue des droits de l'homme… On fait des AG,
des ateliers « RIC ». Nous avons également mis sur pied une braderie
solidaire destinée à ceux qui en ont besoin.
Sur les mesures
d'Emmanuel Macron, je reste perplexe. L'ENA, ça me semble être un
gadget. L'indexation des retraites de moins de 2 000 € sur l'inflation
est positive mais insuffisante. Il faudrait monter le plafond à 3 000 €.
La baisse d'impôts pour les classes moyennes ? Je suis non imposable,
alors que je gagne 1 800 €. Il y a une bonne centaine de produits de
base auxquels on pourrait appliquer la TVA à 5,5 %. La création d'un RIC
local est un premier pas : on pourra prouver son efficacité et plaider
pour le RIC national. Le gel des fermetures d'hôpitaux et d'écoles est
une bonne chose, mais il faut qu'ils se penchent sur les salaires des
personnels soignants en France. Quant à Notre-Dame… Je suis ravie qu'ils
aient trouvé 1 milliard en deux jours, mais un peu écœurée aussi.
“PLUS CONFIANCE DANS CE GOUVERNEMENT”
CHRISTOPHE TORRENT, 32 ANS. Travaille dans l'événementiel (Tarn-et-Garonne)
Je
me sens un peu exclu des annonces d'Emmanuel Macron qui ont fuité. Avec
mon très petit salaire, je n'ai pas l'impression d'être exactement
concerné. Ce qui est envisagé à propos de l'ENA me fait plaisir, car je
pense qu'il s'agit d'un établissement uniquement fait pour les fils et
les filles de riches. Mais est-ce que le nouveau système sera forcément
égalitaire ? Je ne suis pas sûr d'avoir confiance en ce gouvernement et
je ne suis pas certain qu'il ait voulu nous comprendre.
Grâce aux «
gilets jaunes », nous avons pu dire quels sont nos attentes, nos
craintes, nos espoirs. Nous avons réussi à capter un peu l'attention des
médias alors que, d'habitude, les gens ordinaires n'ont pas la parole.
Avec un peu de chance, peut-être qu'un jour notre voix sera entendue ?
Les « gilets jaunes » m'ont aussi donné l'occasion de rencontrer des
personnes formidables que je n'aurais jamais connues sans cette
mobilisation. Cela peut paraître dérisoire, mais le mouvement a créé des
liens.
Avec le recul, je pense qu'il faut que l'on trouve un
autre moyen de manifester. Au bout de cinq mois, les manifestants de
Montauban finissent par être très seuls. Il faudrait trouver une action
qui nous permette de nous joindre à eux, toutes les semaines et tous les
week-ends. Une action par laquelle on pourrait éviter la violence. Je
la condamne sous toutes ses formes, qu'elle soit du côté des
manifestants ou du côté des forces de l'ordre. Car, à la fin, nous ne
sommes que des citoyens, jetés les uns contre les autres.
“IL FAUT UN RIC À L'ÉCHELLE NATIONALE”
ALISON HUBERT, 28 ANS. Professeur des écoles (Nord)
A
Lille, depuis l'acte XIX, il y a des black blocs. Donc la préfecture
durcit le ton, et il est plus compliqué d'obtenir un parcours pour
manifester. Je suis une pacifique. Je fais partie de ceux qui pensent
que plus il y aura de violences, moins on y arrivera. Moi qui étais
novice, j'en suis à mon 17e acte sur 23 ! J'ai toujours peur. Peur de la
police. Peur d'être gazée. Plusieurs fois dans les manifs, j'ai vu des
gens vomir. Il y a un mois, place de la République, ils ont tapé une
petite dame de 50 ans à la tête, fracture du crâne. J'ai acheté un
casque… On est un groupe de sept ou huit personnes organisatrices à
Lille. On partage des moments, des dîners. On a créé un site Internet.
On publie beaucoup de réponses à l'actu.
Sur les mesures
d'Emmanuel Macron, indexer les retraites, je trouve que c'est une bonne
chose, mais, après tout, ça me semble normal, ce n'est pas transcendant.
Idem pour les hôpitaux et les écoles. Il faudrait même en créer ! Le
RIC local, c'est non : c'est au niveau national qu'il le faut. Il faut
continuer la lutte. Pour le RIC national mais aussi pour la TVA à 5,5 ou
à 0 % pour les produits de première nécessité. Et il faut que ce soit
les citoyens qui décident ce qu'est un « produit de première nécessité
». Car on voit bien la méconnaissance de nos réalités chez nos
responsables politiques. C'est comme les milliardaires qui donnent pour
Notre-Dame…
Et on ne peut s'empêcher de se dire qu'ils vont nous
avoir, d'une manière ou d'une autre, à la fin. Il y a une vraie crise de
confiance.
“NOUS N'AVONS PAS SU NOUS ORGANISER”
FRANCIS PERRENOD, 58 ANS. Routier (Haute-Loire)
Jusque-là,
les annonces de Macron ne me semblent pas répondre aux revendications
des « gilets jaunes ». L'ENA ? Ça n'a jamais été une de nos demandes. La
mobilisation du 17 novembre portait sur une taxe sur les carburants,
pas sur les hauts fonctionnaires… Et, aujourd'hui, le prix du carburant
est bien supérieur à ce qu'il était en novembre dernier, sans même que
la taxe soit appliquée !
Seule chose qui réponde à nos attentes :
la réindexation d'une partie des retraites sur le coût de la vie. Et
aussi le fait qu'il souhaite faire une remise supplémentaire aux gens
qui paient l'impôt… Mais, à l'heure actuelle, ceux qui sont encore
mobilisés sur les ronds-points, ce sont des personnes qui frôlent le
seuil de pauvreté. Ces mesures ne les concernent donc pas vraiment. Cela
étant dit, la mobilisation a rapidement faibli à la suite des heurts
contre les forces de l'ordre à Paris. Cela ne correspondait pas à ce que
souhaitaient les gens : nous voulions nous engager, mais nous ne
souhaitions pas que les choses dégénèrent.
Malheureusement, les
black blocs et les casseurs sont venus se greffer sur notre mouvement.
Ils ont fait des choses que je ne peux pas cautionner. Le but des «
gilets jaunes » n'était pas de piller les riches pour être à leur
niveau. J'ai essayé de me rapprocher de personnes comme Ingrid
Levavasseur, mais elle a joué à l'anguille et c'était difficile à
suivre… Mais j'ignore l'ampleur des menaces qu'elle a reçues. C'est
peut-être le tort originel du mouvement : se montrer critique à l'égard
de toute personne qui sortait du lot pour essayer de nous structurer.
Nous n'avons pas su nous organiser….
“JE SUIS UN PEU DÉSENCHANTÉ”
CONSTANTIN DAVID, 45 ANS. Entrepreneur (Val-de-Marne)
L'ENA,
ce n'était pas vraiment le débat. Il faudrait surtout revoir les taxes,
comme la TVA. C'est quand même l'impôt le plus injuste qui existe en
France ! Je suis certain que c'est une demande que les Français auraient
pu faire monter plus clairement au cours du « grand débat », si nous
avions vraiment eu l'occasion d'être écoutés. Ce n'était pas le cas :
c'était plutôt le « grand bla-bla », un long tunnel de conférences
monopolisé par Emmanuel Macron. Je ne suis pas surpris. Je n'attends
plus rien de la classe politique depuis plusieurs années. J'en suis
dégoûté : je n'ai pas voté depuis 2005.
Après toutes ces semaines
de mobilisation, je suis aussi un peu désenchanté par la manière dont
nous avons manifesté. Occuper les ronds-points le premier samedi était
une bonne manière d'attirer l'attention. Mais continuer ainsi pendant
des semaines, quitte à bloquer les gens qui allaient bosser… Ce n'était
pas la bonne solution. Nous aurions peut-être dû faire comme dans le sud
de la France et bloquer les péages.
Il y a eu un certain
amateurisme. Je l'attribue au fait que les « gilets jaunes » sont des
gens qui ne sont pas forcément habitués aux manifestations. Je pense
toutefois que certaines violences ont volontairement été surestimées :
les médias ont évoqué la dégradation du Fouquet's pendant des heures.
Mais pourquoi ne parle-t-on pas davantage des raisons qui poussent les
gens à bout, à la révolte ? J'ai l'impression que les vrais casseurs
sont passés entre les mailles du filet, alors que les personnes blessées
lors des manifestations étaient avant tout non violentes…
mardi 30 avril 2019
1er mai 2019 : c’est le moment !
A l'occasion du 1er mai, je vous retransmet l'article d’Évariste
ReSPUBLICA
lundi 29 avril 2019
Cette année, le 1er mai – journée internationale des travailleurs – s’inscrit dans un contexte particulier, après le « 24ème acte » du mouvement des gilets jaunes et presqu’une semaine après les « non-annonces » du Président de la République qui
continue d’appliquer son programme ultra-libéral. Ce n’est pas la
première fois que cette journée de mobilisation traditionnelle revêt un
caractère spécial. Il suffit de regarder quelques années en arrière pour
s’en apercevoir, en 2002 – lors de l’entre-deux-tours présidentiel
alors que le Front national était au second tour – ou en 2016 – lors de
la « loi travail » – ou bien encore simplement l’année précédente avec
un niveau de radicalité très présent dans plusieurs grandes villes de
France. Alors pourquoi cette année serait si spéciale ?
Il n’est donc pas question de tout miser ou de tout espérer d’un 1er mai qui permettrait de gagner en une seule journée – nous savons que la construction du rapport de force passe
aussi par la construction des organisations politiques, syndicales,
d’éducation populaire – mais il convient de réfléchir à la portée
symbolique et stratégique de cette journée actuellement. En effet,
celle-ci survient après cinq mois de mobilisation sociale dans le cadre
d’un mouvement atypique et fort que représentent « les gilets jaunes »,
après une mobilisation toute aussi importante sur les thématiques
écologiques et dans un contexte où le gouvernement (qui a certes été
obligé de lâcher sur quelques points) continue de vouloir appliquer sa
politique de classe envoyant un signal fort qui doit appeler une riposte
générale. Mais ce n’est pas tout, car trois points viennent s’ajouter à
cette situation qui peuvent la rendre en somme exceptionnelle :
– Le mouvement syndical combatif qui comprend la nécessité d’avoir un 1er mai très réussi pour différentes raisons. Côté CGT, l’approche du 52ème
congrès compte pour la mobilisation, de plus en interne la contestation
gronde contre le réformisme de la « direction » (qui a débouché sur un
appel de plusieurs fédérations et unions départementales il y a quelques
semaines pour le 27 avril 2019) et il ne faut pas oublier que certains
militants CGT souhaitent que le syndicat revienne sur le devant de la
scène. Côté Solidaires, si le syndicat a pris position assez rapidement
pour le mouvement des gilets jaunes et que la jonction dans le secteur
privé s’est faite plus facilement avec ces derniers, il sait également
l’importance d’exister en tant que tel lors du 1er mai, mais
le versant fonction publique prépare aussi la date du 9 mai comme une
journée de grève nationale. Des secteurs fortement mobilisés comme
l’éducation devront aussi grossir les rangs, notamment avec la FSU.
– La tentation du tout répressif par
le gouvernement (interdictions administratives de manifester, véhicules
blindés, flash-balls, brigades des voltigeurs remises en place…) qui
n’aura pas éteint la contestation mais au contraire rassemblé dans une
fraternité sociale des mouvements et citoyens qui ont tous été frappés
par la violence, « pacifistes » compris. Il s’agit donc d’un moment
important, à savoir celui où il faut démontrer que la liberté de
manifester, d’expression, base d’une société démocratique, ne peut être
remise en cause impunément par le gouvernement. Les appels à un « acte
ultime », à l’alliance des gilets jaunes et rouges, à une contestation
générale, circulent massivement sur les réseaux sociaux et militants et
pourraient être partagés par de nombreuses personnes passant outre les
chapelles et le sectarisme.
– L’auto-organisation acquise dans le cadre du mouvement des gilets jaunes par
des dizaines de milliers de citoyens, qui en plus de s’être fortement
conscientisés, savent que la convergence est nécessaire, qu’il est
indispensable de s’allier avec le mouvement syndical notamment et que le
1er mai représente une journée qui pourrait être la
démonstration de force nécessaire pour faire plier le gouvernement.
Ainsi, sans avoir besoin d’organiser des montées en car à Paris, la
ville devrait bien être l’épicentre d’un mouvement pluriel, aux
modalités de manifestation différentes, mais unies dans un ras-le-bol
explosif.
Si nous rajoutons à cela l‘approche des élections européennes, les
organisations politiques devraient mobiliser de manière importante, du
mouvement anarchiste dès le matin (il faut aussi prendre en compte le
renforcement relatif de ces organisations depuis quelques mois)
jusqu’aux partis politiques avec essentiellement la France insoumise,
mais aussi sûrement un rebond du PCF. Autant dire que chaque appareil et
courant a toutes les raisons du monde de se mobiliser de manière
conséquente cette année, qu’il s’agisse de raisons stratégiques, de
calendrier interne ou politique… mais aussi pour opposer une réponse au
gouvernement avec un mouvement social qui peut faire trembler le pouvoir
s’il reste déterminé.
Cette journée du 1er mai ne résoudra
pas les questions du blocage de l’économie, de la construction d’une
grève public/privé réellement effective, mais a déjà permis de faire
bouger les lignes dans de nombreux collectifs militants, sur la
nécessité de hausser le ton pour se donner les moyens de construire une
République réellement sociale. Il s’agit d’un moment qu’il faut saisir,
en se donnant les moyens possibles de réussir ce 1er mai,
c’est-à-dire commencer par toutes et tous y participer, avec ou sans
gilets jaunes, avec ou sans attaches politiques ou syndicales, mais pour
faire masse et marcher vers nos objectifs.
Alors si vous hésitez encore à sortir
demain, en pensant qu’il s’agit d’une énième manifestation, c’est
peut-être le moment d’y aller et d’entraîner le plus grand nombre
mardi 9 avril 2019
mercredi 13 mars 2019
samedi 2 mars 2019
Violences policières : Emmanuel Macron toujours sourd à la mobilisation anti-LBD
Par Hadrien Mathoux
Plusieurs
institutions internationales ont mis en cause la brutalité du maintien
de l'ordre lors des manifestations des gilets jaunes, notamment
l'utilisation du LBD et de la grenade GLI-F4. Le gouvernement reste
droit dans ses bottes.
Plaies
béantes, hématomes spectaculaires, gueules balafrées. Laurent Thines,
neurochirurgien au CHRU de Besançon, désigne un collage de photographies
qu'il a compilé ; des gilets jaunes, le corps et le visage meurtris
par des tirs de LBD (lanceurs de balles de défense, arme qui a succédé
au flash-ball) et des grenades envoyées par les forces de l'ordre lors
des manifestations. Colère de celui qui a lancé la pétition des
soignants pour un moratoire sur l'usage de ces armes, qualifiées
d'"intermédiaires" ou de "sub-létales" : "Pour moi, ces photos, c'est le mur de la honte".
Depuis le début des mobilisations, d'après les chiffres compilés par le journaliste spécialisé David Dufresne, 2.000 gilets jaunes ont été blessés, dont 220 gravement. 63% l'ont été par des tirs de LBD. 21 personnes ont été éborgnées,
dont 19 par le successeur du flash-ball, et 2 par des grenades. 5
manifestants ont eu une main arrachée, et Zineb Redouane, une femme de
80 ans, est décédée après avoir été blessée par une grenade lacrymo. Ces
données statistiques brutes, en sus des images témoignant d'une
répression souvent violente des mobilisations par les policiers, ont
donné lieu ces derniers jours à plusieurs prises de position au niveau
international.
Condamnations internationales
Le 14 février, un groupe d'experts de l'ONU publie un communiqué
relayant "des allégations graves d’usage excessif de la force" lors des
opérations de maintien de l'ordre en France depuis novembre 2018. Les
spécialistes membres du Haut commissariat aux droits de l'Homme des
Nations Unies pointent, en particulier, "des blessures graves causées
par un usage disproportionné d’armes dites 'non-létales' telles que les
grenades et les lanceurs de balles de défense ou 'flashballs'".
Après l'ONU, suit l'Europe : le même jour, le Parlement européen vote à
438 voix pour, 78 contre et 87 abstentions une résolution dénonçant "le
recours à des interventions violentes et disproportionnées de la part
des autorités publiques lors de protestations et de manifestations
pacifiques" ; sans cibler explicitement la France, le texte a été
précédé de débats essentiellement concentrés sur le contexte des gilets
jaunes.
La résolution n'appelle pas à l'interdiction des LBD, ce
qui pousse alors plusieurs eurodéputés de gauche à s'abstenir, dénonçant
les pressions d'une partie de la droite pour édulcorer les exigences du
texte. Enfin, ce mardi 26 février, la commissaire aux droits de l'Homme
du Conseil de l'Europe, Dunja Mijatovic publie un mémorandum adressé
aux autorités françaises : elle y appelle le gouvernement à "suspendre l'usage des lanceurs de balles de défense dans le cadre des opérations de maintiens de l'ordre" et enjoint la France à revoir "au plus vite" la doctrine d'emploi des fameuses armes "intermédiaires".
Qu'est-il
reproché à ces instruments de maintien de l'ordre ? Ce jeudi 28
février, l'eurodéputée Marie-Christine Vergiat (élue sur une liste Front
de gauche en 2014) organisait une conférence de presse pour réclamer la
suspension de l'utilisation des LBD et des grenades lacrymogènes
GLI-F4. "Les armes intermédiaires sont dangereuses et mal utilisées",
estime la parlementaire, accompagnée de plusieurs figures de la lutte
contre les violences policières. Parmi elles, Raphaël Kempf, avocat au
barreau de Paris qui défend bon nombre de victimes. Et s'appuie sur des
textes produits par des autorités publiques ; ainsi, un rapport conjoint
de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) et de
l'Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) datant de 2014
classe la GLI-F4 dans la catégorie des armes léthales ; le code de
sécurité intérieure indique que ces grenades lacrymogènes peuvent servir
au maintien de l'ordre mais également être destinées à l'usage
militaire. De quoi faire dire à l'avocat que "l'Etat sait depuis au moins cinq ans que cette arme est dangereuse".
Concernant
le LBD, Raphaël Kampf s'appuie sur un rapport du défenseur des droits
concernant le maintien de l'ordre, rendu en janvier 2018. Le texte
indiquait que le préfet de police de Paris avait interdit le LBD dans
les opérations de maintien de l'ordre "au regard de sa dangerosité et de son caractère inadapté dans ce contexte".
Recommandation qui a manifestement été rangée au placard s'agissant des
manifestations des gilets jaunes. Commentaire de l'avocat : "L'Etat
sait que ces armes sont dangereuses, et il continue de les utiliser :
pourquoi ? En vérité, le gouvernement joue une stratégie de la tension,
il cherche à faire peur aux gens pour les dissuader d'aller manifester."
Dangers graves pour la santé
Le
neurochirurgien Laurent Thines, utilisant un diaporama précis et
volontairement explicite, a lui documenté la gravité des lésions
infligées par les armes sub-létales : "Je suis effaré de voir des gens revenir de manifestation avec des blessures gravissimes, qui entraînent des pertes de substance", s'insurge le médecin. "Les
LBD sont faits pour neutraliser des individus dangereux sans les tuer,
on en a vu utilisés contre des terroristes ; ce ne sont pas des armes de
maintien de l'ordre, ce sont des armes fabriquées pour blesser
gravement". Explications scientifiques à l'appui : lourdes et
rigides, les balles des LBD partent à 324 kilomètres/heure et ont une
force d'impact de 200 joules à moins de dix mètres : l'équivalent d'un "parpaing de 20 kilos lâchés à un mètre de hauteur sur votre tête",
d'après Laurent Thines. Dans le cou ou la tête, zones que les policiers
ne doivent pas viser mais qui ont été dans les faits l'objet de
nombreux tirs lors des manifestations, "les balles peuvent causer une mort par asphyxie ou un AVC". Dans le visage, "les
lésions occasionnent des fractures, on peut perdre un oeil , subir des
traumas crâniens avec des séquelles neurologiques irrémédiables.".
S'agissant
des balles reçues dans le tronc ou sur les membres, cibles recommandées
pour les forces de l'ordre utilisant le LBD, le neurochirurgien estime
qu'elles peuvent tout de même "causer de graves lésions ; une balle dans le coeur ou la rate peut être potentiellement mortelle". De quoi pousser Marie-Christine Vergiat à demander a minima une "suspension
de l'utilisation des armes intermédiaires lors des opérations de
maintien de l'ordre. Nos voisins n'utilisent pas ces armes-là". En Europe, la France est en effet l'un des seuls pays avec la Pologne et la Grèce à utiliser le LBD.
Ces
arguments n'ont pas convaincu le gouvernement. La veille, dans une
conférence de presse commune avec Angela Merkel, Emmanuel Macron a
vigoureusement défendu l'utilisation du LBD, s'en prenant à une partie
des manifestants : "la meilleure manière d'éviter ces utilisations
[du LBD] et ces cas est d'éviter d'avoir des gens qui considèrent que le
samedi après-midi est fait pour casser des vitrines, des institutions
ou attaquer les forces de l'ordre", a attaqué le président, ajoutant : "Je
le dis très simplement, je ne laisserai pas les forces de l'ordre sans
aucun moyen ni d'assurer l'ordre public, ni de se défendre face à des
gens qui arrivent aujourd'hui armés et avec les pires intentions".
Début janvier, le Conseil d'Etat a rejeté les demandes de suspension des
armes sub-létales, indiquant qu'elles étaient nécessaires aux forces de
l'ordre dans un contexte d'accroissement des violences en
manifestation. Certains policiers et gendarmes affirment que si cette
catégorie d'armes leur est interdite, ils seront privés de moyens de
défense et seraient obligés d'utiliser des armes létales.
Lire aussiLBD : en réalité, le ministère n'oblige pas vraiment les policiers à filmer leurs tirs
Une
argumentation qui fait vivement réagir les partisans de l'interdiction
des LBD et grenades sub-létales. Parmi eux, David Dufresne, journaliste
connu pour son suivi spécialisé des violences policières, réfute l'idée
que les manifestations sont plus dangereuses que par le passé : "Cela
ne résiste pas à l'analyse historique : rappelons-nous l'incendie du
palais du Parlement de Bretagne en 1994, les manifestations des
sidérurgistes dans les années 1970, celles des pompiers dans les années
1990, sans parler de mai 68…" Le camp favorable à la suspension des
armes intermédiaires pointe deux problèmes majeurs : un manque de
formation, et une doctrine défaillante qui mène à "utiliser des armes de défense comme des armes d'attaque".
En effet, jusqu'à 80.000 policiers ont été mobilisés lors des manifestations de gilets jaunes entre décembre et février. Or, "il n'y a que 15.000 CRS et gendarmes mobiles en France" ; ce qui a amené les autorités à mobiliser des milliers de gardiens de la paix pas habitués au maintien de l'ordre. " Quand vous allez chercher des gardiens de la paix dans les commissariats pour lui dire 'samedi, tu as maintien de l'ordre, va t'acheter un casque', ils sont tout à fait légitimes à avoir peur. Ils ne sont pas formés, pas entraînés, pas équipés",
estime David Dufresne. Autre catégorie de policiers mobilisée : les
membres de la Brigade anti-criminalité (BAC), les fameux "baceux", qui
sont formés à l'utilisation du LBD… mais pas au maintien de l'ordre. "Leur
habitude est d'utiliser ces armes contre des présumés criminels ou
déliquants, ils font du 'saute-dessus', cela n'a rien à voir avec le
fait de gérer une foule", critique Dufresne.
Plus largement,
le contraste entre les méthodes françaises de maintien de l'ordre et les
techniques utilisées chez nos voisins plus au nord est pointé du doigt.
Là où les Allemands, Anglais et Néerlandais sont réputés utiliser une
doctrine de "désescalade", la France adopterait celle du "maintien à distance",
regrette Marie-Christine Vergiat. Pour David Dufresne, il est possible
d'éviter des débordements violents sans recourir à des armes telles que
le LBD : "On peut informer les manifestants via de
gigantesques haut-parleurs, utiliser la signalisation électronique et
les réseaux sociaux pour faire les sommations, être mieux informés sur
ce qui se prépare au sein des mouvements, ce qui est beaucoup plus
compliqué en France depuis la suppression des renseignements généraux…"
Autant d'éléments d'apaisement qui, d'après les récentes prises de
position du gouvernement, ne sont pas prêts de voir le jour en France.
mercredi 27 février 2019
Le Conseil de l’Europe demande à la France de « suspendre l’usage du LBD »
Pour le
commissariat aux droits de l’homme du Conseil, le gouvernement doit
revoir « au plus vite » la doctrine d’usage de ces armes.
Par Jean-Pierre Stroobants
La
commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe a rendu
public, mardi 26 février, un mémorandum adressé aux autorités françaises
concernant le maintien de l’ordre lors des manifestations des « gilets
jaunes ». Dunja Mijatovic les invite à « mieux respecter les droits de l’homme », à « ne pas apporter de restrictions excessives à la liberté de réunion pacifique » et à « suspendre l’usage du lanceur de balle de défense ».
Le
lanceur de balles de défense (LBD) est accusé de causer de graves
blessures chez les manifestants et la responsable bosnienne demande à
Paris de revoir « au plus vite » la doctrine d’usage de ces armes. Elles devraient, provisoirement, ne plus être utilisées, estime Mme Mijatovic, qui invite aussi le gouvernement à publier des données plus détaillées sur les personnes blessées.
Le commissariat aux droits de l’homme est une institution
indépendante au sein du Conseil de l’Europe, qui regroupe 47 Etats
membres. Implanté à Strasbourg, il est censé favoriser le respect des
droits humains et des règles démocratiques. Le rapport sur le mouvement
des « gilets jaunes » a été réalisé à l’issue notamment d’une visite de
la commissaire en France, le 28 janvier. Elle a rencontré, entre autres,
Laurent Nuñez, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’intérieur.
Cette note n’a aucune portée juridique.
« Nous
jugions nécessaire d’obtenir plus d’informations sur ce vaste mouvement,
de longue durée, qui implique un maintien de l’ordre sévère »,
commente un porte-parole. Des manifestations de masse en Turquie, en
Catalogne ou en Ukraine ont déjà fait l’objet d’études semblables.
« Contexte de grande tension »
A cet égard, le législateur devrait s’assurer que la loi visant à renforcer et garantir le maintien de l’ordre public lors des manifestations « respecte pleinement le droit à la liberté de réunion ». Une interdiction administrative de manifester constituerait une grave ingérence dans l’exercice de ce droit, estime la commissaire, et il conviendrait de ne pas ériger en délit la dissimulation volontaire « sans motif légitime » de tout ou partie du visage dans, ou aux abords, d’une manifestation.
Nouvelle discussion
Dans un mémorandum de cinq pages consulté par Le Monde, Paris réplique que les dispositifs de sécurité encadrant les manifestations étaient tous conformes aux dispositions légales. Et que la proposition de loi montrée du doigt présente désormais toutes les garanties « de solidité et de sécurité juridique ».
A propos des LBD, le gouvernement conteste l’idée d’une suspension de l’usage de ces armes et rappelle l’avis du Conseil d’Etat, qui a estimé qu’elles sont adaptées lors de manifestations, marquées par « des violences volontaires, des voies de fait, des atteintes aux biens et des destructions ». « Seules les enquêtes de l’IGPN [la police des polices] ou les enquêtes pénales peuvent établir un usage disproportionné de la force », indique aussi la réponse.
A propos des comparutions immédiates (26 % de l’ensemble des réponses pénales), c’est « la gravité des troubles » qui a nécessité des réponses judiciaires rapides. Et en ce qui concerne la liberté de réunion, la réplique souligne que le Conseil constitutionnel a admis qu’elle puisse être limitée s’il s’agit de sauvegarder l’ordre public.
samedi 16 février 2019
mardi 12 février 2019
Jérôme Rodrigues figure majeure des Gilets Jaunes chez André Bercoff sur Sud Radio
Ca fait du bien d'écouter Jérôme 😃
jeudi 7 février 2019
mardi 29 janvier 2019
Christophe Castaner veut poursuivre Eric Drouet après son appel au "soulèvement" des gilets jaunes
Par Louis Nadau
Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a indiqué ce mardi 29 janvier qu'il allait saisir le parquet afin qu'il engage des poursuites contre le gilet jaune Eric Drouet, après que la page Facebook qu'il a fondée eut appelé à "un soulèvement sans précédent par tous les moyens utiles et nécessaires".
"C'est un appel à l'insurrection !", s'indigne Christophe Castaner. Ce mardi 29 janvier, le ministre de l'Intérieur a annoncé sur BFMTV
sa volonté de signaler le cas d'Eric Drouet au parquet en vue de
poursuites. En cause : le groupe de gilets jaunes "La France en colère
!!!", fondé par cette figure du mouvement, a publié samedi un communiqué
de presse appelant à "un soulèvement sans précédent par tous les moyens utiles et nécessaires".
Riposte du premier flic de France : "Cette
dernière déclaration relève à mon sens d'une infraction pénale. Nous
ferons un article 40 pour cela, pour que le procureur décide s'il veut
poursuivre ou pas". Ledit article 40 dispose que "toute
autorité constituée (…) qui acquiert la connaissance d'un crime ou d'un
délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur de la
République". Outre l'appel au "soulèvement", le communiqué des gilets jaunes, publié en réaction à la blessure lors de l'acte XI de la mobilisation de Jérôme Rodrigues, proche d'Eric Drouet, décrétait "l'état d'urgence du peuple" et s'achevait par une référence à La Marseillaise : "Citoyens, formez vos bataillons."
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