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mercredi 18 septembre 2019

La « force de coercition »

                           bulletin 57 crise
Extrait de :  https://francoisruffin.fr/proces-france-insoumise/


Nous vivons ce temps où "les grandes masses se sont détachées des idéologies traditionnelles". Où le régime tient par la "force de coercition". C'est en démocrate inquiet que je réagis: puisse le procès des copains, demain, mettre en lumière cette dérive.
Je me rendrai demain au procès de Jean-Luc Mélenchon et ses camarades devant le tribunal de Bobigny.
Tout comme je me suis rendu, la semaine dernière, au procès des décrocheurs parisiens.
Deux procès politiques.
Deux procès, aussi, qui pourraient bien s’avérer « boomerang »: l’accusation accusée, et les accusés accusant. Accusant l’inaction climatique dans un cas, accusant les atteintes à la démocratie dans l’autre.
Car c’est en démocrate, et en démocrate inquiet, que je réagis : comment accepter qu’un parti d’opposition subisse dix-sept perquisitions le même jour ? Dix-sept, à l’aube, comme s’il s’agissait de démanteler un réseau de grand banditisme ? C’est inacceptable. Dans une démocratie, c’est inacceptable. Et je le disais, je le répète : je protesterais encore davantage si Les Républicains avaient subi le même traitement. Il est toujours plus difficile de se défendre soi-même.
Toute enquête est légitime, mais avec mesure, en proportion des charges. Qui semblent, ici, bien légères. D’où une disproportion, une démesure du pouvoir, de son abus, qui use de la Justice, de la police, comme de ses bras armés.
*
L’an dernier, le 16 octobre 2018, jour des perquisitions, j’écrivais : « C’est la question démocratique qui est désormais posée. » Elle n’a fait depuis que se renforcer. Avec la répression des Gilets jaunes : cinq mains arrachées, vingt-quatre éborgnés, 2500 blessés, des comparutions immédiates à la chaîne, le harcèlement judiciaire des figures du mouvement, un « usage excessif de la force » pointé par l’Onu et le Conseil de l’Europe. Côté écolos, je l’ai dit, des « décrocheurs », activistes pacifistes, poursuivis par les policiers de l’anti-terrorisme, comme s’ils n’avaient pas plus dangereux à traquer, avec (bilan provisoire) 93 garde à vue, 74 perquisitions, 17 procès, concernant 57 militants. Avec, désormais, et nous sommes en train de nous y habituer, des syndicalistes, des avocats, des journalistes condamnés.
Mes camarades de la France insoumise, députés ou non, s’inscrivent dans cette lignée.
*
Depuis sa prison, Antonio Gramsci écrivait :
« La crise moderne est liée à ce que l’on appelle « crise d’autorité ». Si la classe dominante a perdu le consentement, c’est-à-dire si elle n’est plus « dirigeante » , mais seulement « dominante », et seulement détentrice d’une pure force de coercition, cela signifie précisément que les grandes masses se sont détachées des idéologies traditionnelles, qu’elles ne croient plus à ce en quoi elles croyaient auparavant. »
Nous vivons ce temps, où « les grandes masses se sont détachées des idéologies traditionnelles ». Où le régime tient, désormais, par la « force de coercition ». Puisse, le procès de demain, mettre en lumière cette dérive.

mercredi 10 octobre 2018

Il faut éteindre la dette !


Il y a peu de sujets aussi massacrés que la dette publique.

Selon le candidat ou le journaliste, on vous en parlera comme d'un détail, d'une bombe à retardement ou d'un levier très efficace contre la crise...

En revanche, il y a bien une chose sur laquelle tout le monde est à peu près d'accord :

L'État ne remboursera pas sa dette.

On va être gentil.

Sur les 2 200 milliards d'euros de dettes publiques de la France, nous ne regarderons que la dette de l'État à proprement parler (hors collectivités et organismes publics) soit environ 1 800 milliards d'euros (chiffres de 2017).

Le calcul est assez simple.

Avant même d'envisager de rembourser la dette de l'État, il faudrait commencer par arrêter de l'augmenter, c'est-à-dire équilibrer le budget, ce que nous n'avons pas été capables de faire depuis un demi-siècle.

Une fois le budget équilibré, il faudrait encore consacrer 3% dudit budget au désendettement... pendant environ 170 ans d'affilée.

Or, on observe depuis 2008 qu'à chaque fois qu'un pays européen fait des coupes de 3% ou plus dans son budget, de graves troubles sociaux s’ensuivent. [1]

Et 170 ans c'est long... Rétrospectivement, les 170 dernières années nous ont apporté 2 guerres mondiales, une révolution, deux empires, 3 républiques et 2 crises économiques majeures.

Non vraiment, l'État ne remboursera pas sa dette.

Alors on en fait quoi ? On traine les intérêts comme un boulet jusqu'à la fin des temps en prenant le risque que cette dette nous explose à la figure en cas de remontée des taux ?

Car grâce à la politique de "taux négatifs" de la Banque Centrale Européenne (BCE), la France a pu doubler sa dette en 7 ans sans que cela ne lui coûte quoi que ce soit jusqu'à présent...

Mais c'est une bombe à retardement car, le jour où les taux remontent, vous devez alors refinancer votre dette à ces nouveaux taux plus élevés... À un taux "normal" de 3,5%, l'augmentation des intérêts que vous devez payer représente alors tout le budget de la défense... Vous imaginez le désastre.

Il reste 2 personnes qui peuvent racheter la dette : la BCE et vous.

Si c'est vous, on vous confisque votre épargne pour rembourser une partie de la dette et la rendre à nouveau soutenable. C'est un risque que vous acceptez indirectement pour chaque euro que vous gardez sur un compte en banques.

Si c'est la BCE, alors vous prenez le risque d'une hyperinflation. C'est une observation quasi-systématique, les épisodes d'hyperinflation se déclenchent quand les banques centrales se mettent à racheter la dette d'un État.

Dans les deux cas, cela ne marche qu'à une condition : que cela soit fait ponctuellement et surtout que derrière on équilibre le budget.

Car ce sont des fusils à un coup.

Une dernière solution consiste à faire défaut. Et comme dans la solution précédente, une fois que vous avez fait défaut, vous n'avez plus d'autre choix que d'équilibrer votre budget : personne ne vous prêtera plus un centime pendant une bonne dizaine d'années sans compter les régimes sociaux qui ne seront plus en mesure de respecter les engagements de l’Etat.



Il ne suffit pas d'effacer l'ardoise, il faut encore s'assurer que vous n'allez pas recommencer le lendemain.

La clé c'est d'équilibrer le budget !

Le jour où vous équilibrez votre budget, vous pouvez vous défaire du boulet de votre dette mais pas autrement.

Un exemple de discipline budgétaire est la Suisse. Jusqu’au début des années 2000, la Suisse voyait sa dette exploser. En 2003, cette dernière s’élevait à 50,7% du PIB et augmentait à une vitesse faramineuse. [2]

Les économistes prévoyaient même que la Suisse rejoindrait très rapidement les pires déficits budgétaires d’Europe.

Mais les politiciens suisses mirent en place un frein à l’endettement. L’objectif était d’avoir un outil forçant l’Etat à se discipliner.

Depuis lors, la quasi-totalité des budgets de l’Etat helvétique ont été excédentaires et ont permis de réduire la dette à 30% du PIB ! Ainsi, la Suisse est parvenu à soulager le poids de sa dette et sa dépendance envers le système financier.

Aujourd’hui la dette française se rapproche des 100% du PIB !

Nous sommes très loin de respecter le traité de Maastricht et son 60%. Et il en va de la souveraineté de la France.

Parler de sortir de l’UE, de l’Euro ou retrouver son indépendance ne se fera jamais sans une discipline budgétaire !

Sarkozy, Hollande, Macron… aucun n’a réussi à équilibrer le budget ! En dépit de tout bon sens et en ignorant les conseils de la Cour des Comptes, ils ont continué à augmenter les taxes et les dépenses publiques.


Nous sommes face à un mur.

Il en va pourtant de notre prospérité, de notre indépendance et notre liberté…

Parmi ceux qui tirent la sonnette d’alarme depuis longtemps, Olivier Delamarche est probablement le plus acharné. Aujourd’hui, il propose ses analyses dans une publication explosive à ne pas mettre en toutes les mains.


À votre bonne fortune,

Frédéric DUVAL
Le Vaillant Petit Économiste

mardi 19 juin 2018

Concours de lèche chez les macronistes pour applaudir le sermon de "Manu" Macron à un ado

Par Magazine Marianne

Ce lundi 18 juin, le chef de l'Etat Emmanuel Macron a sermonné un ado qui a osé l'appeler "Manu". L'histoire aurait pu s'arrêter là mais pas pour les plus éminents macronistes, qui voient dans cet embrouillamini ni plus ni moins que la marque d'un grand président.

A-t-on vécu sans le savoir un grand moment politique ce lundi ? Oubliez l'appel du 18 juin 40, c'est en effet à la magistrale leçon d'Emmanuel Macron à un ado qu'il faudra désormais relier cette date. En tout cas, si l'on en croit plusieurs cadres éminents de la République en Marche (LREM), qui se pâment littéralement devant la fameuse séquence vidéo qui tourne en boucle depuis 24 heures sur les réseaux sociaux, où l'on voit le président reprendre sèchement un ado qui vient de l'interpeller trivialement d'un "Ça va Manu ?".
Bien que le collégien de troisième se soit immédiatement excusé devant le "Non, non" présidentiel, le chef de l'Etat développe sa leçon : "Tu es là dans une cérémonie officielle. Tu te comportes comme il faut. (...) Tu peux faire l'imbécile (...) Mais aujourd'hui, c'est la 'Marseillaise' et le 'Chant des Partisans'. Tu m'appelles Monsieur le président de la République, ou Monsieur(...) Tu fais les choses dans le bon ordre. Si un jour tu veux faire la révolution, tu apprends d'abord à avoir un diplôme et à te nourrir toi-même. Et après tu donneras des leçons aux autres".
Ivres de cet étalage d'autorité, les mots paraissent manquer aux fidèles macronistes pour saluer cette séquence. La palme du zèle revenant sans nul doute au député Gabriel Attal, présent à ce déplacement du président de la République au Mont Valérien. Dans les yeux de Chimène du parlementaire, ce recadrage cassant d’un simple ado prend des allures d'acte de résistance digne d'entrer au panthéon de la geste macronienne. Et de tweeter : "Il va falloir que chacun s’y habitue : nous avons désormais un Président de la République qui, en plus d’être au niveau de la fonction, s’attache sans cesse à la défendre, et à ne rien céder sur les règles de vie en société, y compris lors d’un échange banal comme celui-ci". Emoji applaudissements.
Sur France 2 ce mardi 19 juin, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux n'hésite pas à mettre les pieds dans ce plat grotesque en convoquant carrément le cortège d'ombres de la Résistance : "C’était le 18 juin, il y a encore des compagnons de la Libération qui sont en vie. Ce sont ceux qui, comme Monsieur Cordier, ont rejoint la France libre. Ils avaient l’âge de ces jeunes qui passent le brevet ou le baccalauréat hier (…) Il faut aussi transmettre des valeurs et c’est parfaitement assumé". On parle toujours du recadrage d'un collégien ayant osé donner du "Manu" au président. Et qui, au passage, est bien plus jeune que Daniel Cordier, qui avait 20 ans en juin 1940. Mais Griveaux l'a déjà montré : aucune exagération n'arrive à la cuisse de Jupiter.
Filant la comparaison historique, le porte-parole de l'Elysée Bruno Roger-Petit surenchérit, frôlant le point Godwin : "La politesse, première des vertus du futur citoyen en société. D’autant plus requise un 18 juin, au Mont Valérien, quand sont célébrés des Héros français ayant combattu le Nazisme". On n'ose imaginer ce qu'il aurait dit si le petit malin avait tenté un "Heil Manu"
Pour une fois, c'est chez le fidèle grognard de la Macronie, le patron des députés LREM Richard Ferrand, qu'il faut chercher un peu de mesure, sur RTL : "Le président a simplement voulu rappeler au jeune homme que voilà, lorsqu’on croise le président de la République, c’était pas personnel sa remarque, on ne le traitait pas comme un copain mais comme le premier des Français". Mais chassez le naturel, il revient au galop de charge : "C’est une forme de spontanéité aussi, c’est une des forces d’Emmanuel Macron, c’est de réagir simplement et de manière directe. Moi, c’est comme ça que je l’aime". Un collégien n'ajouterait à cela que l'emoji cœurs dans les yeux.