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lundi 11 mai 2020

Le « financement de la Sécurité sociale » menacé

Après 18 ans de déficit, la Sécurité sociale dégagera un excédent ...

Sous le titre inquiétant (quand on le lit dans un journal patronal) : « Il faudra rebâtir la Sécurité sociale », le journal Les Échos (23 avril) déclare : « La Sécurité sociale va sortir très affaiblie financièrement de cette crise ».
Le Figaro (29 avril) précise : « Son endettement dépasserait 50 milliards d’euros début mai. » Les Échos concluent : « Un autre débat devra s’ouvrir sur le financement de la Sécurité sociale (...). Jusqu’où est-on prêt à payer et pour quoi ? Quelles priorités ? Quel partage entre organisation collective et responsabilité individuelle ? (...) De quoi nourrir des projets ambitieux pour la présidentielle de 2022. Mais des décisions devront être prises avant. » La Sécurité sociale a, depuis son origine, été dénoncée par le patronat comme une charge insupportable. La pandémie est pour eux l’occasion de passer à l’attaque pour remettre en cause ses bases mêmes. Il faudrait redéfinir ce qui restera couvert par une « organisation collective » (la « protection » a minima) et ce qui relèverait de ce qu’ils appellent « la responsabilité individuelle », c’est-à-dire de l’assurance privée. Pour atteindre cet objectif, Les Échos préconisent l’union nationale réalisée autour de De Gaulle : « Pour imaginer de reconstruire le pays, beaucoup d’hommes et de femmes politiques invoquent déjà le précédent du Conseil national de la Résistance (...), au sortir de la guerre en 1945, dans un esprit non partisan. » La crise sanitaire que traverse le pays met au grand jour les enjeux de société qui vont être posés dans les semaines et les mois qui viennent. Les représentants du capital financier exigent de Macron qu’il détruise les fondements « du financement de la Sécurité sociale ». Les besoins les plus fondamentaux de l’immense majorité exigent à l’inverse le retour aux fondements de la Sécurité Sociale de 1945 garantissant chacun contre les aléas de la vie sur la base de la collecte du salaire différé dans une caisse unique. Ce qui, pour les patrons, a toujours été considéré comme la cause d’un « coût du travail » trop élevé.

mardi 31 mars 2020

Face au désastre global, construisons un « double pouvoir » !

De quoi le Covid-19 est-il le nom ? De la globalisation 

par Philippe Hervé
 
Membre de la Rédaction de ReSPUBLICA, Philippe Hervé analyse régulièrement pour le journal – et ce depuis 2008 – les développements de la crise du capitalisme monétaire : retrouvez ses textes dans le livre Dans quelle crise sommes-nous ? (voir notre Librairie militante, sur ce site).
Le Covid-19 est l’une des terribles conséquences, avec le réchauffement climatique, de ce dispositif mondial de « distanciation »  des rapports de production mis en place à la fin des années 1970. Ce dispositif hyper complexe, trop sophistiqué, à l’architecture archi baroque, était en fait fragile, très fragile. Il vient d’exploser sous nos yeux. Le coronavirus a contaminé un corps économique malade, déjà terriblement déprimé depuis la crise systémique de 2007-2008, et qui survivait difficilement en redoutant chaque hiver. La réalité concrète est implacable : ce dispositif créé par le capitalisme financier pour continuer malgré tout à imposer sa loi était programmé pour mourir jeune. C’est fait !
L’étincelle mettant « le feu à la plaine » aurait pu être une crise financière ou une guerre régionale de grande ampleur. Ce fut une crise sanitaire, que beaucoup craignaient d’ailleurs depuis l’épisode du SRAS en 2002-2003, en Chine également. Mais cette crise particulière est d’autant plus terrible que rien n’était prévu pour y faire face. Aucune stratégie, aucune tactique n’était programmée. Une guerre est parfois prévisible, une crise financière peut être limitée en partie, mais celle-ci, avec cet arrêt universel de la production, est totalement inédite. Aujourd’hui, plus de 3 milliards d’humains sont confinés chez eux sans travailler. On pourrait parler de lock-out général sur la planète. Ce caractère fulgurant est particulièrement déstabilisant pour nos dirigeants politiques et encore plus, peut-être, pour l’hyper bourgeoisie transnationale.
Le monde d’aujourd’hui n’est pas né de nulle part : il est le résultat d’une impossibilité de continuer l’exploitation du salariat et de poursuivre le dispositif des rapports sociaux hérité de la guerre froide. Des années 1960 aux années 1980, le capitalisme a été confronté à une de ses plus graves crises. Une lutte de classe d’une puissance inouïe a secoué l’Europe et l’Amérique du Nord en ces temps-là. Pour résoudre cette contradiction, vers la fin des années 1970, le capitalisme financier international a passé un accord, un deal historique, avec la Chine populaire de Feng Xiaoping : la classe ouvrière mondiale serait donc à partir de cette période progressivement décentralisée et cantonnée sous contrôle autoritaire en Asie, bien loin des métropoles occidentales pour éviter les confrontations violentes ayant amené Mai-68 en France ou le « Mai rampant » italien. La mise en place de ces « circuits longs – les productions manufacturières exigeant des parcours de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres, entre les matières premières de base et les produits finaux -, semblait être la solution définitive pour la survie du capitalisme financier. Bref, cela ressemblait à une sorte de « fin de l’histoire ». Le capitalisme envisageait après 1990 une victoire définitive et une domination sans fin sur le monde. Mais, il s’agissait d’une victoire passagère et historiquement déstabilisante au profit de la Chine populaire, porteuse dans son code génétique d’un chaos programmé.

Après quatre siècle d’évolution et de mutation, le capitalisme en est arrivé à son stade ultime, la financiarisation mondialisée. Ce dispositif d’exploitation planétaire est le résultat de l’évolution des rapports sociaux. Ce n’est pas un choix volontaire mais la résultante d’une lente évolution dialectique. Il est, en fait, la seule chance de survie du capital. Illustrons par une image : le capitalisme est une sorte d’automobile dont la boîte de vitesse est dépourvue de marche arrière ! Ceux qui pensent que le capitalisme peut revenir « à l’épisode précédent », c’est-à-dire à celui des années 1950 ou 1960, lorsque les bourgeoisies nationales « à la papa » géraient leurs prés carrés nationaux, l’époque des de Gaulle, Adenauer et consorts, se trompent. Ce capitalisme d’hier est depuis longtemps parti aux poubelles de l’histoire, victime qu’il fut de ses contradictions. Il sera donc illusoire de vouloir « relocaliser » usines ou services en conservant la domination du capital. Bref, comme disait Marx « l’histoire ne repasse pas les plats ».
Il faut bien comprendre que pour le moment le capital mondialisé ne dispose pas de plan B. Désemparé, il peut se montrer extraordinairement dangereux. D’autant plus que la Chine populaire, avec à sa tête le Parti communiste, peut sortir grand vainqueur de cette situation explosive. Le capitalisme occidental dirigé par les USA via des organisations telles que l’OTAN ne tolérera pas une sorte de victoire « à la loyale » des oppositions entre systèmes politiques. D’où d’immenses dangers de confrontations militaires. Déjà, l’état-major de l’US Army a alerté sur le danger des « déstabilisations politiques » que pourrait entraîner cette crise sanitaire, déstabilisations que les États-Unis ne pourraient tolérer. Avec un leader tel que Trump, tout est possible… surtout le pire.
Ne nous y trompons pas, même si la crise sanitaire proprement dite est jugulée en quelques mois (en étant très optimiste), ses conséquences seront ravageuses, en particulier pour les classes populaires. Les milliers de milliards de dollars injectés dans le système monétaire ne provoqueront qu’hyper-inflation, chômage et misère. Les « héros » d’aujourd’hui, caissières, livreurs, routiers, infirmières, éboueurs… ex « gilets jaunes » d’hier que l’on éborgnait il y a peu, seront les premières victimes de l’effondrement économique qui est le programme de « l’après-confinement » de nos dirigeants. Aucune confiance, aucune volonté d’union nationale ne doit être à l’ordre du jour dans le camp populaire !

Dans cette situation historique, il n’y a que deux voies, ou bien la mutation du capitalisme vers une barbarie totalitaire pour défendre son dispositif coûte que coûte, alors que celui-ci a fait défaut de manière définitive, ou bien les forces populaires ont la capacité de le renverser. Si la « révolution passive » de la domination du capital, comme disait Gramsci, l’emporte – c’est-à-dire que la multitude désarmée s’en remet pour son malheur aux ordres de réorganisation, dans la misère et la pénurie, à l’État incompétent et violent – le niveau d’oppression sera cette fois d’une ampleur inédite. La situation serait particulièrement difficile en France car policiers nationaux et municipaux, gendarmes, forment une véritable armée de plus de 300 000 hommes. N’oublions jamais que la France est le pays le plus policier du monde en termes de nombre de fonctionnaires des corps répressifs par rapport à la population. Ils ont d’ailleurs permis à l’État de « tenir le coup » en réprimant certains samedis plus de 400 manifestations de « gilets jaunes » au même moment dans le pays… Une prouesse incroyable et unique au monde ! Le danger est que le contrôle exceptionnel des citoyennes et des citoyens pendant le confinement ne devienne en fait la règle permanente pour imposer à tous l’effondrement du niveau de vie des classes populaires et des classes moyennes. 

La riposte ne peut venir que d’une prise de conscience par le peuple de sa force et de sa capacité autonome de mobilisation et d’action. Dire que Macron et Philippe sont incompétents, cette évidence n’a pratiquement aucun intérêt pour la suite des événements. C’est participer au « spectacle » sans plus. Devant l’incurie des gouvernants pour les petits problèmes comme pour les énormes catastrophes, il faut que dans les prochains mois et les années, émerge enfin un « double pouvoir ». Tant sur le plan sanitaire, alimentaire, scolaire, logistique, entrepreneurial, sécuritaire, etc, il faut que se construisent patiemment et rigoureusement des initiatives concrètes et pertinentes permettant aux citoyennes et citoyens de… tout simplement « s’en sortir ! » au quotidien dans le marasme à venir.
Par exemple, sur le dossier des éventuelles nationalisations d’entreprises, sans la mise en contrôle par les salariés de ces entités, le seul résultat serait de confier la gestion aux trusts monopolistes qui nous ont amenés à la situation actuelle. L’émergence de ce « double pouvoir » est la condition, et la première étape indispensable à un changement de paradigme. Il permettrait de sortir de la passivité et de la sidération qui sont les meilleures alliées de l’hyper-bourgeoisie qui nous gouverne. Des comités de quartiers, de villes et villages, d’entreprises, d’écoles … doivent être capables de se substituer aux défaillance de l’État et des structures monopolistiques. C’est par cette expérience pratique que l’on pourra avancer vers une sortie du désastre. Ce « double pouvoir » doit se faire sur la base d’une alliance de classe la plus large possible, de tout ceux qui ont à souffrir de l’incurie de nos gouvernants et qui seront spoliés. Ouvriers, chômeurs, employés, professions libérales, petits entrepreneurs, professions intellectuelles et artistiques, bref tout le peuple français dans sa réalité et sa diversité doit devenir autonome par rapport à l’État. Car si le dispositif du pouvoir reste ce qu’il est, le pire est pour demain.

Sans ce « double pouvoir », aucune solution politique alternative ne peut émerger. Si par contre celui-ci existe, tout est possible !

mardi 24 mars 2020

Congés, 35 heures, licenciements: la loi d'adaptation au coronavirus va nous faire basculer dans un nouveau monde social

Le projet de loi d'adaptation au coronavirus prévoit de revenir sur certains droits des salariés.

Le projet de loi d'urgence lié au coronavirus autorise une nouvelle limitation des congés payés ou du repos hebdomadaire. Une remise en cause des acquis sociaux... qui pourrait prospérer, jusqu'à une période indéterminée après la fin de la crise.

Le Sénat a adopté le projet de loi du gouvernement ce jeudi dans la nuit. Il devrait être voté définitivement par l'Assemblée nationale, ce vendredi. Et surprise, entre l'avant-projet que Marianne a pu consulter et le texte finalement déposé au Parlement, les mesures devant permettre la relance des entreprises, comme la limitation des congés payés ou des 35 heures, ont perdu leur caractère "provisoire". En séance, la ministre Muriel Pénicaud a expliqué que "par nature, ces mesures sont limitées à la durée de la crise sanitaire". Tout en refusant d'inscrire dans le texte une date de fin de validité. Ci-dessous, l'article tel qu'il a été publié, ce mercredi. Notre nouvel article sur le sujet, avec les modifications du Sénat, est lui à lire ici.
"Beaucoup de certitudes, de convictions seront balayées", a annoncé Emmanuel Macron, ce lundi, à propos de la crise du coronavirus. Le chef de l'Etat n'a pas tardé à tenir parole puisque dès ce mercredi 18 mars, il apparaît que certains acquis sociaux vont être remis en cause. Provisoirement. Tel est le sens du projet de loi d'urgence lié à la crise du coronavirus, soumis au Parlement à partir de ce jeudi, et que Marianne a pu consulter. Ce texte prévoit d'habiliter le gouvernement à légiférer par ordonnances dans des domaines aussi divers et sensibles que le droit aux congés payés, au repos hebdomadaire, les trente-cinq heures, ou encore la publicité de la justice. Pour soutenir les entreprises, l'exécutif a choisi de se donner la possibilité de détricoter un certain nombre de droits acquis pour les salariés. Sur le confinement, des règles strictes et particulièrement protectrices des droits individuels ont en revanche été retenues. Décryptage.

Le ministre des comptes publics l'a annoncé ce mercredi aux Echos : cette année, la croissance française sera probablement négative. De nombreuses entreprises sont déjà à l'arrêt en raison de l'épidémie, et pourrait devoir fermer leurs portes. Pour empêcher cette faillite généralisée, le projet de loi concrétise le plan musclé annoncé par le gouvernement ces derniers jours. Report de charges, de versements de loyers professionnels, renoncement à des pénalités... Tout est fait pour soutenir les sociétés françaises.
En contrepartie, le texte prévoit que le gouvernement pourra, par ordonnances, "limiter les ruptures de contrats de travail". Des licenciements pourront être refusés, mais aussi des ruptures de périodes d'essai. Il s'agit là de la principale mesure en faveur des droits des salariés. Car pour le reste, l'orientation du texte est bien de soutenir l'activité... au détriment de certains acquis sociaux.

Congés remis en cause

La future ordonnance, que le gouvernement aura trois mois pour prendre, soit jusqu'en juin, pourra ainsi "modifier les conditions d’acquisition de congés payés et permettre à tout employeur d’imposer ou de modifier unilatéralement les dates de prise d’une partie des congés payés, des jours de réduction du temps de travail". En clair, les 2,5 jours de congés payés acquis par mois appartiendront peut-être bientôt au passé... Quant aux RTT, un régime plus restrictif pourra également être mis en place.

Le droit au repos est aussi touché. Première conséquence, dans certaines entreprises, les trente-cinq heures pourront être détricotées. Les règles concernant le repos hebdomadaire aussi. L’article 17 du projet de loi autorise en effet le gouvernement à "permettre aux entreprises de secteurs particulièrement nécessaires à la sécurité de nation ou à la continuité de la vie économique et sociale de déroger de droit aux règles d’ordre public et aux stipulations conventionnelles relatives à la durée du travail, au repos hebdomadaire et au repos dominical". Reste à préciser quelles seront ces entreprises. Des sociétés comme la SNCF, la RATP, ou du secteur de la santé, voire comme Renault ou Air France, pourraient être concernées.

48 heures par semaine au maximum

Cette réforme ne signifie pas pour autant que le gouvernement pourra faire n'importe quoi. Les mesures décidées devront être "conformes au droit de l’Union européenne", précise le texte. Concernant le temps maximum de travail, l'UE l'a par exemple fixé à 48 heures par semaine. Et concernant les congés payés, une directive les a fixés à quatre semaines par an minimum.
Les ordonnances "Coronavirus" devront par ailleurs respecter la Constitution française. Le Conseil constitutionnel se fait sourcilleux sur le respect de certains principes, comme la liberté d'entreprendre. Une interdiction générale des licenciements pourrait être censurée, par exemple. Enfin, ces textes devront être validés, après leur entrée en vigueur, par le Parlement. Comme c'est le cas pour toute ordonnance. A défaut, ils seront annulés.
Ces mesures concernant le champ social sont annoncées par le projet de loi comme devant être "provisoires", et ce "afin de faire face aux conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du virus Covid-19". Le texte ne prévoit pour autant pas de date limite. Elles resteront donc en vigueur même après la crise sanitaire, jusqu'à une période encore indéterminée.

Confinement... pour douze jours

"Aux seules fins de limiter pendant la durée de propagation du virus Covid 19 les contacts physiques", le gouvernement pourra aussi décider de limiter la publicité des audiences de justice, voire d'organiser des audiences à distance, grâce aux dispositifs de visioconférence. Même idée en garde à vue, où l'avocat du justiciable pourra intervenir à distance. Les titres de séjour bientôt expirés pourront par ailleurs être prolongés de six mois.
Concernant le confinement de la population, le texte pose des bornes claires. Et institue un nouveau principe : l'état d'urgence sanitaire. Pendant cette période, que le président de la République pourra décréter, les libertés de se déplacer et de se réunir pourront être limitées par voie réglementaire pendant douze jours. L'amende pour les contrevenants est fixée à 135 euros.
Cette période de confinement pourra être prolongée une seule fois, ce qui devra passer par le vote d'une loi. Cette loi devra fixer une date définitive de fin de l'état d'urgence sanitaire. Un choix protecteur des libertés mais étonnant : par définition, il semble difficile de fixer à l'avance la fin d'une crise sanitaire. Rien n'empêcherait, toutefois, que le chef de l'Etat, au bout du processus, fixe un nouvel état d'urgence sanitaire.
Le projet de loi fixe, enfin, une nouvelle échéance pour le second tour des élections municipales : au plus tard en juin prochain. Les résultats du premier tour restent acquis. La date de dépôt des candidatures de second tour, qui inquiète l'opposition, sera elle laissée à la discrétion... du gouvernement, qui procédera là aussi par ordonnance. Au risque de faire hurler le PS et LR.


lundi 23 mars 2020

Profitons que nous soyons des CONS IN FINE

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Le gouvernement entend profiter du contexte pour revenir sur certains acquis sociaux à l'aide de la loi "urgence coronavirus" qui doit être votée dans le week-end. Or les mesures en question sont « provisoires » uniquement jusqu'à ce qu'elles ne le soient plus. Elles remettent en question la durée légale du travail et font grandement évoluer la prise des congés payés. Bref, en fait d'avancées sociales, on risque plutôt d'avoir droit aux 35 heurts. 

Les personnels soignants sont encore plus à plaindre. Oubliés par les gouvernements depuis des années, méprisés au moment des grèves, ils continuent à faire face malgré la fatigue et la lourdeur de la tâche. Malgré le manque de temps et le manque d'argent. C'est beau, pour les remercier, de frapper des mains. A condition de ne pas se contenter de se les laver juste après. 




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                                                           Réflexions
  •  Et si l'on profitait de l'arrêt des activités pour trouver des solutions pour l'emploi ? Et de l'atmosphère actuelle pour prendre des mesures en faveur du climat ? 
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  •  Les moments qui nous sont offert par le confinement ne sont-ils pas propices pour repenser le fonctionnement mondial, surtout à la manière de produire local pour éviter la danse infernale autour de notre planète qu'engendre l'économie du libéralisme débridé?

  • Revenir à l'essentiel voir un peu plus. Oublier le superflu éphémère engendré par la Pub.
 
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samedi 27 avril 2019

Smic, réformes des retraites… Macron reste dans l’incohérence

Par Laurence Dequay

Pas de tournant social dans les annonces d'Emmanuel Macron ce lundi 25 avril, lors de son discours suivi d'une conférence de presse après 5 mois de crise des gilets jaunes.

Deux heures et demie riches de constats lucides et... d’annonces contradictoires. Au fil de sa présentation, comme de ses réponses aux questions des journalistes lors de sa conférence de presse ce lundi 25 avril, Emmanuel Macron a posé des diagnostics décisifs. Oui, a d’abord reconnu le chef de l’Etat, les effets pervers de la mondialisation mettent à ce point les salaires des moins qualifiés et des plus précaires sous pression qu’ils ne peuvent vivre dignement de leur travail, comme ils le clament depuis des mois, notamment dans les cortèges des gilets jaunes.
Pour autant, première incohérence de sa part, Emmanuel Macron s’interdit d’augmenter le Smic de peur, affirme-t-il, de détruire des emplois. Surtout, il n’annonce pas d’élargissement des critères d’attribution de la prime d’activité, dont le montant varie pourtant en fonction des revenus des ménages et non en fonction des seuls bulletins de paye. Choix qui prive nombre de familles des « 100 euros de hausse du Smic » annoncées en fanfare en décembre dernier. Certes, les partenaires sociaux et les élus, enfin appelés à discuter avec le gouvernement le mois prochain, se saisiront sans doute de ce sujet. On regrettera cependant ces quatre mois de perdus, puisque la CFDT de Laurent Berger avait appelé à un Grenelle du « pouvoir de vivre » dès avant Noël.

Sur le sujet explosif des retraites, même incohérence du président de la République. D’abord il admet, c’est le moins, avoir été inéquitable en ponctionnant trop les anciens, dont il a élevé la CSG tout en augmentant les pensions moins que l’inflation. Et promet donc, pour se racheter, de réindexer d’abord les retraites inférieures à 2.000 euros sur l’inflation en 2020, puis toutes les pensions à partir de 2021. Mais lorsqu’il aborde la future réforme de retraites, sur laquelle Jean-Paul Delevoye et les syndicats se concertent depuis huit mois, il reprend un chemin inéquitable... Ainsi, en reconnaissant que nombre de séniors ne peuvent travailler jusqu’à 64 ans parce qu’ils ont déjà le plus grand mal à se maintenir en emploi jusqu’à 62 ans - notre marché du travail discriminant lourdement les plus âgés, à la différence de l’Allemagne -, le Emmanuel Macron annonce qu’ils subiront une décote s’ils liquident leurs pensions à 62 ans et non à 63 ou 64 ans. Ne leur serait alors garanti qu’un minimum de 1.000 euros par mois.
Or, ce tour de passe-passe revient à rendre plus pénibles les vieux jours des actifs déjà les plus pénalisés sur le marché de l’emploi. « 1.000 euros ne permettent pas de vivre dignement », critique Philippe Martinez le secrétaire général de la CGT. Certes, une part du produit de cette décote serait consacrée au financement de la dépendance. Mais ce risque, qui relève de l’assurance maladie, devrait être financé par l’impôt.
Finalement, il n’y a guère que sur les suppressions de postes de fonctionnaires qu’Emmanuel Macron, à la veille d’une mobilisation unitaire des agents des services publics le 8 mai, gagne en cohérence.
Puisqu’il propose de créer, dans chaque canton, une maison des services publics qui faciliterait la vie des Français en leur donnant un accès plus direct aux agents publics, il n’exigera plus de son gouvernement 120.000 suppressions de postes dans les trois dernières années de son quinquennat. Les économies seront davantage ciblées sur les 140 milliards d’aides et de niches fiscales accordées aux entreprises. Enfin !

dimanche 10 février 2019

Avec le prélèvement à la source, « on a encore moins les moyens de taper sur les gros fraudeurs »



par

Les agents des impôts sont pris en étau entre le sentiment d’injustice fiscale et la mise en œuvre du prélèvement à la source : « On sent une haine des gens pour nous, c’est terrible », témoignent certains. Les accueils des centres des impôts sont pris d’assaut par les contribuables, avec leurs questions et leurs inquiétudes sur la réforme. Loin des déclarations rassurantes du ministre Gérald Darmanin, qui se félicitait le 7 janvier de l’absence de « bug », les fonctionnaires des impôts sont débordés : absence de formation, problèmes informatiques, prolifération des mails et organisation défaillante sont leur lot quotidien.

La réforme présentée comme simplificatrice rend encore plus difficile leur métier. Récit.
14h30, mardi 15 janvier, dans une ville du grand ouest. Une file d’attente de plusieurs heures s’étire au rez-de-chaussée du centre des impôts.

Suite

mercredi 12 décembre 2018

GILETS JAUNES : Etienne Chouard CLASH Macron en DIRECT sur RT France


Suite au IVème acte des Gilets Jaunes, Etienne Chouard répond au discours d'Emmanuel Macron en DIRECT sur RT France.

(Macron devrait faire du cinéma il a faillit me faire pleurer 😪 lol, mais pas un mot sur la classe moyenne, ni sur les SDF, les indépendants et j'en passe ! 😡 GJ tous ensemble ne lâchons rien. Acte 5 le RIC 👍)

mercredi 21 novembre 2018

Plus que jamais d'actualité: une revendication de "Coordination des intermittents et précaires d’Ile-de-France"


DU POSSIBLE, SINON J'ETOUFFE


Convergence des luttes
conjugaison des forces
puissance du nous


Brutalement attaqués par un gouvernement obstinément sourd et
inhospitalier, nous contre-attaquons. Ensemble.
Les décideurs nous sacrifient sur l'autel de la rentabilité faisant de
nous la chair à canon d'objectifs économico-financiers.
Le projet de constitution européenne fait impasse sur les droits sociaux.
Impasse sur les vivants.
Précarisés, expulsés, pressurisés, nous sommes pourtant bien là.
Combien coûte un logement ? Combien coûtent les transports en commun ?
Combien coûtent le pain, la viande ?
Et nous, que valons nous encore ?
Quel sens donner à nos vies lorsque les droits les plus élémentaires sont
remis en question ou bafoués ?
Si la démocratie a un sens, c'est à nous de l'agir.
Nous refusons un monde construit en niant ses habitants.
Aujourd'hui, nous sommes tous menacés. Cette menace est concrète.
Elle porte sur les vies mêmes, les capacités à faire et défaire des mondes.
Elle nous concerne tous, là où nous nous tenons.
Dans la rue. Au travail. À la maison. À l'école.
C'est pourquoi nous devons créer des lignes de convergence neuves et inaliénables.
Bâtir des forces contre la peur.
Ne laissons pas détruire les droits collectifs et la solidarité entre tous.
A partir de nos pratiques et expériences, exigeons des droits nouveaux !
Ce que ces mois de lutte nous ont appris, nous voulons le partager avec tous.
Nous voulons librement circuler, penser, travailler.
Nous voulons du temps.
Nous voulons des soins, des médicaments.
Nous voulons apprendre.
Nous voulons fabriquer, bricoler, inventer.
Nous voulons de l’attention, du repos. Nous voulons un toit et de l'eau.
Nous voulons chercher.
Nous voulons continuer.
Nous voulons vivre.


Coordination des intermittents et précaires d’Ile-de-France

14 quai de la Charente 75019 Paris / métro Corentin Cariou
Tel : 01 40 34 59 74


Explications d'Isabelle Stengers

«Du possible, sinon j’étouffe !» Gilles Deleuze aurait aimé cette belle formule qui donne son titre au tract que les intermittents du spectacle et précaires d’Ile-de-France ont diffusé il y a quelques années pour faire connaître les motifs de leur grogne1. Du possible – c’est-à-dire non pas nécessairement une perspective d’avenir riante, celle des lendemains qui chantent, mais plus modestement, et de manière plus vitale aussi bien, une restauration des puissances d’agir, de sentir, d’imaginer et de penser, un renouvellement des capacités de faire et de défaire des mondes.
Deux caractéristiques remarquables autorisent à tenir l’expérience des intermittents en France pour révélatrice d’une situation politique globale. Tout d’abord, la façon dont ils ont été considérés par le pouvoir en place – par celles et ceux que Isabelle Stengers appelle dans son dernier livre « nos responsables » : à savoir, comme des surnuméraires. Trop nombreux sont les intermittents du spectacle. Mais trop nombreux aussi sont les enseignants, les étudiants, les chômeurs, les inactifs, les vieux, les artistes, les journalistes de France Télévision, etc. On en vient à se demander à la longue si les politiques néolibérales contemporaines ont d’autre fonction que de fabriquer des déficits et d’utiliser les populations comme variable d’ajustement.
Mais le plus étonnant dans un tel discours est qu’il ait pu rencontrer un accueil aussi favorable auprès de l’opinion publique, laquelle en est venue à se dire, sur tous ces sujets d’actualité, qu’il n’y avait effectivement pas d’autres choix possible que de supprimer des emplois, que de réduire les aides sociales, que d’augmenter le temps de travail, que d’alléger les charges patronales, etc. C’est qu’ »il faut bien réformer », n’est-ce pas, et en cette affaire le mieux est toujours l’ennemi du bien. Il en va en effet de deux choses l’une : soit moins de droits sociaux, soit plus de chômeurs ; soit des salaires revus à la baisse, soit des délocalisations ; soit les OGM, soit la perte de compétitivité de l’agriculture européenne ; soit les brevets, soit pas de recherche.
Telles sont quelques-unes des « alternatives infernales », comme les appellent Isabelle Stengers et Philippe Pignarre, que le discours néolibéral aime à multiplier, et par lesquelles trop souvent nous nous laissons piéger, capturer, envoûter2. Tout l’intérêt du mouvement des intermittents, de ce point de vue, a tenu à l’étonnante capacité de résistance qu’il a manifesté, et qui s’est traduite par la tentative de réouverture d’un espace de possibles. En lisant collectivement le protocole de réforme, en confrontant les rapports des experts aux pratiques d’emploi et aux savoirs des uns et des autres, les intermittents ont produit une contre-expertise qui a permis de déplacer le combat sur le terrain même de la production de savoir.
Une nouvelle forme de lutte
À ce titre – et c’est là sa seconde caractéristique remarquable – ce mouvement est à la fois exemplaire et symptomatique des nouvelles formes de lutte et d’un sens renouvelé de l’action politique. N’est-ce pas de cette même manière que les eurosceptiques ont su « résister » au projet de constitution européenne en se réunissant pour organiser des séances de lecture du traité ? N’est-ce pas de cette manière encore que les citoyens sont parvenus à faire bégayer les experts et autres stakeholders des industries agroalimentaires en s’opposant en connaissance de cause à la diffusion des OGM ? N’est-ce pas de cette manière que les « usagers de drogue non repentis » des Pays-Bas, les associations de victimes de l’épidémie de sida, le collectif sans ticket de Bruxelles, etc. se sont donné les moyens de poser les questions qui les concernent en élucidant les diverses dimensions de la situation où ils se trouvent3 ?
En fabriquant et en échangeant des savoirs, en mobilisant de nouvelles associations et agencements spécifiques – bref, en transformant, comme le dit Marx, leurs « forces propres » en « forces sociales », les collectifs d’usagers sont parvenus à donner de l’importance à des savoir négligés et à faire entendre des nouvelles questions qui ont contribué à mieux situer la pertinence et les limites des expertises officielles, et surtout a faire surgir du possible là où l’idéologie fataliste que véhicule le discours néolibéral s’emploie systématiquement à n’en faire apparaître aucun.
C’est en cette dernière opération que consiste la « barbarie » que dénonce Isabelle Stengers : l’absence de résistance, la quasi-résignation savamment entretenues dans nos pays modernes face à un capitalisme prédateur qui continue de « confier au libre marché mondialisé la charge de l’avenir de la planète, quitte – c’est désormais à l’ordre du jour – à ‘réguler’ pour éviter les ‘excès’ »5. « Un autre monde est possible », criaient ensemble les manifestants réunis à Seattle en novembre 1999 à l’occasion d’un sommet de l’OMC – un monde différent de celui où règne une compétition généralisée, une guerre économique de tous contre tous, « où chaque individu, nation, région du monde, doit accepter les sacrifices nécessaires pour avoir le droit de survivre »6.
Mais où veut-on en venir exactement, se demandera le lecteur interloqué ? De quoi s’agit-il ? D’altermondialisme ? de décroissance ? d’anticapitalisme ? Tous ces mots sont bel et bien prononcés, et l’auteure ne cache pas ses sympathies pour une certaine gauche – celle dont Gilles Deleuze, si présent dans cet essai, disait qu’elle se distingue radicalement de la droite par ceci qu’ « elle a besoin que les gens pensent »7, qu’ils élaborent la signification politique de ce qui leur arrive, qu’ils interviennent dans un problème avec leurs propres critères et leurs propres intérêts, qu’ils créent des « trajets d’apprentissage » leur permettant de refuser les alternatives infernales et la pente obligée qu’elles construisent, le long de laquelle l’avenir devrait dévaler.
De quoi s’agit-il alors ? Il s’agit de comprendre pourquoi nous avons si mal résisté par le passé, mais aussi de savoir comment nous devons à l’avenir nous réapproprier nos propres capacités de penser, d’imaginer et de sentir ensemble, comment nous devons (ré)apprendre à résister ici et aujourd’hui en nous inspirant des techniques d’empowerment et d’action directe qu’ont inventées les groupes d’usagers et les activistes non-violents américains, et en en créant de nouvelles8.
La résistance écologique
La résistance à laquelle en appelle Isabelle Stengers depuis quelques années prend, dans son nouvel essai, la forme inédite d’une résistance « écologique ». « Nous ne pouvons pas », écrit-elle, « nous ne pouvons surtout pas laisser aux responsables des désastres qui s’annoncent la charge d’y répondre. C’est à nous de créer une manière de répondre, pour nous mais aussi pour les innombrables espèces vivantes que nous entraînons dans la catastrophe. » De ce point de vue, ce qui manque le plus à l’écologie politique est un art de remettre en politique les affaires de l’écologie, en refusant d’emblée les termes de l’alternative infernale qui paralyse et empoisonne la pensée : soit la croissance et la compétition, soit la ruine de l’État et la faim dans le monde. Il reste à inventer ce que l’on pourrait appeler une pragmatique des situations de catastrophes écologiques, c’est-à-dire un ensemble d’expériences pratiques, de techniques ou d’artifices capables de produire « les capacités collectives de se mêler des questions qui concernent l’avenir commun, et de se mêler d’abord de la manière dont ces questions sont formulées ». L’enjeu de la réflexion n’est pas, et ne peut pas être, celui de dire quel « autre monde » est possible, car « la réponse appartient à un processus de création dont il serait insensé et dangereux de sous-estimer la difficulté terrible », mais de rendre d’abord et avant tout sensible au caractère inédit de ce qui arrive et qui n’a été ni voulu ni préparé par personne, et auquel nous devons pourtant répondre.
« Ce à quoi nous avons à créer réponse », écrit Stengers, « est l’intrusion de Gaïa ». Que faut-il entendre par là ? Pourquoi solliciter ce nom dont l’or s’est quelque peu terni entre les mains des élucubrateurs du New Age ? Nommer Gaïa, prévient l’auteure, est plus qu’un simple acte de baptême, c’est une opération pragmatique « qui confère à ce qui est nommé le pouvoir de nous faire sentir et penser sur le mode qu’appelle le nom ». A ses yeux, le bénéfice à espérer du choix d’une telle appellation est double. Le nom de Gaïa rappelle que la théorie qui lui est liée, que James Lovelock et Lynn Margulis ont avancée au début des années 1970 pour désigner le système auto-régulé que formeraient ensemble la vie et la terre, a une origine scientifique. Par là, il s’agit de faire entendre qu’il faut « résister à la tentation d’une opposition brutale entre les sciences et les savoirs réputés ‘non scientifiques’ », parce que leur « couplage sera nécessaire si nous devons apprendre à répondre à ce qui a déjà commencé ».
Mais l’intérêt du nom de Gaïa est qu’il réussit comme nul autre à communiquer le sens d’une transcendance, celle d’un « agencement chatouilleux de forces indifférentes à nos raisons et à nos projets », dont nous avons besoin pour lutter contre cette autre forme de transcendance que menacent de devenir les bien nommées « lois du marché » s’imposant quels que soient nos projets et espoirs futiles. L’intrusion de Gaïa a l’incomparable mérite de ramener le mode de transcendance du capitalisme aux conditions réelles de son fonctionnement en révélant qu’en lieu et place d’un système prétendument autorégulé et automatique dont la logique échappe au politique, nous avons affaire à une entreprise qui repose sur tout un appareillage gigantesque de lois, de règlements, de contraintes, d’institutions toujours en mutation. Loin d’être implacable, la logique de fonctionnement capitaliste est seulement « radicalement irresponsable », incapable de « faire autrement que d’identifier l’intrusion de Gaïa avec l’apparition d’un nouveau champ d’opportunités ».
On l’aura compris, se fier au capitalisme qui se présente aujourd’hui comme soucieux de préservation et de durabilité serait commettre la même erreur que la grenouille de la fable qui accepta de porter un scorpion sur son dos pour lui faire traverser une rivière. S’il la piquait, ne se noieraient-ils pas tous les deux ? Il la piqua pourtant en plein milieu de la rivière. En son dernier souffle la grenouille murmura : « Pourquoi ? » À quoi le scorpion, juste avant de couler, répondit : « C’est dans ma nature, je n’ai pu faire autrement. » Et Isabelle Stengers de conclure : « C’est dans la nature du capitalisme que d’exploiter les opportunités, il ne peut faire autrement. ».
rédacteur : Hicham-Stéphane AFEISSA, Critique à nonfiction.fr
Illustration : Francois et fier de l’Être/Flickr.com


mardi 13 novembre 2018

Assumons le conflit inévitable avec le néolibéralisme consumériste.

La manif à venir à propos de la hausse des carburants et à cause  de la consommation effrénée qui nous oblige à plus de croissance (on va dans le mur!), ainsi que l'actualité écologique planétaire et les ravages de toute sorte, m'ont replongé dans des lectures récentes.
Voici ce que j'en retire:

 
La COP21 proclame l'ambition de limiter à 2 degrés l'augmentation des températures. Mais dans le document final, le simple terme "énergie fossile" est absent. La même remarque vaut pour le transport aérien également oublié. Pourquoi ces "absences" et ces "oublis"? Parce que nos dirigeants refusent d'affronter des lobbys ou de pénaliser les grandes entreprises nationales et multinationales . Comme s'ils voulaient changer les choses sans léser personne (sauf nous!). Pourtant il faudra bien que les intérêts de certaines parties (les autres!) soient affectés pour que les objectifs fixés soient atteints. En somme: on ne luttera pas contre le réchauffement climatique sans affronter Exxon ou Total, sans s'opposer à Monsanto et à la FNSEA.
Les grands groupes pétroliers ont tout à perdre dans la transition écologique. Il sont donc  à la manœuvre pour l'empêcher : en 2013, ils ont ainsi dépensé 400 000 $ par jour en lobbying direct aux U.S. pour éviter tout changement des règles du jeux en leur défaveur. Exxon, BP, Shell ou Total ont besoin d'annoncer des réserves toujours plus grandes pour continuer à voir le cours de leurs actions grimper en bourse. Cette course à l'exploitation et à l'extraction est catastrophique pour la planète et surtout pour l'humanité, mais, entre la bourse et la planète, ces compagnies ont vite fait leur choix. Selon leurs propres chiffres , on estime que leurs émissions de gaz à effet de serre dans les trente prochaines années seront cinq fois supérieures au taux envisagé pour remplir l'objectif des deux degrés. Le respect de cet objectif exigerait de leur part des sacrifices immenses. Il ne sont pas prêts à se faire hara-kiri par souci de la république. Il faudra donc les obliger à changer.
Les contraindre à courber l'échine n'est pas impossible. Un tel bouleversement de  des modes de consommation et de production devrait être possible. 
Des précédents historiques devraient pourtant encourager nos dirigeants à plus d'audace: la politique n'est impuissante que lorsqu'elle consent à l'être. Par exemple au sujet de l'esclavage, des fortunes immenses et des pans entiers de l'économie étaient menacés par son abolition . Des décisions politiques les ont mis à terre . Cela ne s'est pas fait sans heurts: une guerre civile extrêmement meurtrière a même éclaté aux U.S.. Faire l'économie d'un tel conflit armé est possible. Il est impossible en revanche  de s’épargner   toute forme de conflit. Prétendre mener la transition écologique dans le consensus et sous les applaudissements des actionnaires de compagnies pétrolières, des éleveurs intensifs, des patrons de Monsanto, des propriétaires de mines d'or ou des prêtres du libre-échange, revient simplement à se moquer du monde. 

A un moment, il faut trancher.
Promettre de s'attaquer en même temps au réchauffement climatique et à la protection de la biodiversité ne peux pas fonctionner longtemps, si par ailleurs on promet beaucoup de choses aux lobby: Total & ..., aux chasseurs à de nombreux autres acteurs dont les ambitions sont fort éloignées de quelconque ministre de l'écologie. Ça fait trente ans qu'on empreinte un chemin tragique, on se fait complice de cette tragédie. La politique doit cesser de faire de l'équilibrisme pour redevenir l'art de définir une priorité (sauver l'humanité et la biodiversité de nos égarements) et donc de trancher dans ces contradictions absolues. Il va falloir se fâcher avec ceux qui nous poussent dans l’abîme. Prendre de front un modèle productiviste qui conduit le monde au désastre. La situation est d'autant plus frustrante que changer les choses est en réalité possible. La privatisation du monde n'est pas une fatalité. Tant que la catastrophe n'est pas là, on pense pouvoir se passer de l'État, mais lorsque survient le drame, l'impasse néolibérale saute aux yeux.
Tout cela suppose de ne pas se laisser divertir, de ne pas céder à la tentation de croire que l'on peut lutter contre le réchauffement climatique sans grand bouleversement économique et social. L'idée que la science peut apporter la solution et que la technique peut résoudre le problème qu'elle a engendré est très séduisante mais pas garantie ni prouvée. La recherche de carburants  non polluants s’essouffle quand les activités polluantes repartent en expansion. Les lobbys récusent tout reniement sur le climat en promettant de tout changer sans  toucher à rien de ce qui fait leur fortune. Par la géo-ingénierie dont la cause serait: Refroidir artificiellement l'atmosphère (horizon lointain) qui permet en attendant de continuer à gagner de l'argent en la réchauffant. "Tartufferie", mensonge génial guidé par les seuls appâts du gain et de la gloire? Ou est-on face à des hommes passionné et instables dont les sincérités successives rendent tout engagement pérenne impossible? ILs se prétendent "Maîtres d'eux- mêmes comme de l'univers" (Corneille). Comme ils ont prouvé qu'ils ne peuvent être maître d'eux-mêmes, nos capitaines d'industrie ont décidé de n'être que maîtres de l'univers, mais pour un temps seulement, jusqu’à ce qu'ils aient  complètement tout détruit ici bas. D'ailleurs, ils entrevoient leur point de chute personnel dans d'autres planètes habitables pour le jour où leurs actions auront rendu la nôtre invivable puis inhabitable (quelle utopie!). Qu'ils se dépêchent, car le compteur tourne pour eux aussi.
Moi je crois qu'il ne seront même pas épargnés il sera trop tard pour eux aussi. 

A suivre...
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samedi 6 octobre 2018

"VOTRE CROISSANCE, NOUS N'EN VOULONS PLUS !"

François Ruffin est bien meilleur avocat que moi pour dénoncer la croissance folle qui empare nos dirigeants et la finance etc...
François Ruffin  Ajoutée le 26 sept. 2018


"Vous m'écoutez comme un original, Monsieur le Ministre, bien assis que vous êtes sur vos certitudes. Mais un vent se lève. Un orage, même, peut-être. Qui viendra balayer votre assurance, qui verra s'imposer une évidence : les fous, c'est vous. Les fous qui prônez une croissance infinie dans un monde fini. Les fous qui menez l'humanité à la catastrophe. Les raisonnables, c'est nous."

mardi 11 septembre 2018

Châteaudouble : place au dialogue et non à la haine Rendez-vous vendredi 14 septembre à 16 h au bas du village



Le Rassemblement national, dans sa haine de l'étranger, a trouvé un nouveau terrain de jeu : celui du paisible village de Châteaudouble (480 habitants), près de Draguignan.
Châteaudouble doit en effet accueillir 72 hommes, des demandeurs d'asile en séjour régulier en attente de l'instruction de leur demande par l'OFPRA (office français de protection des réfugiés et des apatrides). Ces hommes, qui arriveront par petits groupes à partir de jeudi soir, seront hébergés dans un centre d'accueil et d'orientation (CAO) géré par l'Etat et encadrés par six salariés. Ce centre est situé dans la maison de retraite vide du village. Les 72 réfugiés ne sont donc absolument pas des clandestins, comme le prétend le RN. Ces nouveaux habitants temporaires ne sont pas non plus massivement rejetés par les villageois, comme le martèle le Rassemblement national. Au contraire, beaucoup de Casteldoublains ont déclaré leur empathie pour eux.
Qu'importe. Pour faire passer coûte que coûte leur message de rejet, les jeunes du Rassemblement national ont cru malin de déployer, dimanche, dans le village, une banderole « Stop migrants », à la grande stupeur d'une partie de la population. Et voilà maintenant que des élus RN projettent de venir vendredi à la rencontre des villageois, soit disant pour leur apporter un soutien contre « cette dangereuse absurdité immigrationniste  ».

Ne laissons pas le Rassemblement national prendre en otage Châteaudouble, en faisant croire que ses habitants n'ont pas d'humanité. Allons nous aussi les soutenir et dialoguer avec les Casteldoublains, pour leur parler d'accueil, de fraternité, face à des êtres humains qui fuient les guerres et les tortures.
Les villageois de bonne volonté ont besoin de notre soutien.

C'est pourquoi nous appelons tous les citoyens, pour qui la fraternité a un sens, à se réunir pacifiquement à Châteaudouble, à 16 heures, en bas du village, vendredi 14 septembre, afin de ne pas laisser le champ libre aux discours nauséabonds du Rassemblement national.
Il ne s'agit pas de s'opposer ou de faire la guerre, mais de dialoguer avec les habitants, pour que la haine et les peurs irraisonnées n'envahissent pas les rues de ce village.

La France insoumise de l'Est Var

mardi 21 août 2018

Les entreprises françaises viennent de battre leur record... de distribution de dividendes

dimanche 19 août 2018

Défense de se plaindre

Se plaindre, quoi de plus habituel, voire naturel.

Nous savons que c'est un véritable fléau pour la vie personnelle et la société toute entière. D’accord! mais comment en sortir et modifier nos habitudes comme nos relations aux autres?

Les plaintes sont comme des fauteuils à bascule: elles assurent le va-et-vient mais ne nous mènent nulle part.

Les plaintes sont un trou noir dans lequel l'énergie se disperse.
Si nous changeons nos habitudes, nous changeons de caractère.
Ce sur quoi vous vous concentrez, devient votre réalité.
Le fait de se plaindre nuit au cerveau.

"Que les choses soient ainsi ne veut pas dire que c'est ainsi qu'elle doivent être.
Le problème c'est que, quand il s'agit de se retrousser les manches, il y a un prix à payer: c'est à ce moment-là que la très grande majorité préfère se plaindre au lieu d'agir."

Giovanni Falcone




La Poste, le profit au pied de la lettre

Comme la SNCF, La Poste est en pleine mutation : mutation qui s'organise parfois dans la douleur pour ses 250 000 agents.

Aujourd’hui, nous vous proposons de ré-écouter un reportage diffusé le 22 avril. Reportage sur une grande entreprise publique, une entreprise de proximité pour tous les Français et qui est en cours de mutation. Depuis le premier mars 2010, La Poste n’est plus un établissement public, mais une Société anonyme qui a engrangé l’an dernier plus de 850 millions de profit.
Et si la branche « courrier-colis » compte encore pour 46% du chiffre d’affaires, alors qu’elle emploie 54% des quelque 250 000 agents, cette activité historique est en baisse constante (moins 18% entre 2013 et 2016).
Au nom de l’adaptation au monde nouveau, on demande de plus en plus de polyvalence aux agents, sans qu’ils en comprennent vraiment l’utilité, en dehors d’une course à la productivité.
Et du coup, la mutation se fait parfois dans la douleur : en début d’année à Rennes, les postiers ont fait 132 jours de grève.
Entreprise publique en mutation, ouverture à la concurrence, modification du statut des agents, à l’heure ou la SNCF traverse une zone de turbulences, l’évolution de La Poste résonne naturellement aux oreilles des Français attachés à leurs services publics.
La Poste, le profit au pied de la lettre, c’est un reportage de Nasser Madji. Prise de son, Alexandre Abergel et Marcos Darras. Mixage, Valentin Azan. Réalisation, Stéphane Cosme assisté d’Elise Amchin.

Pour écouter le reportage, C'est ici

lundi 18 juin 2018

"L'ÉDUCATION C'EST PAS DE L'HÔTELLERIE !" - Ruffin


Ajoutée le 18 juin 2018
 
J'étais l'invité ce lundi matin sur France Bleu Picardie pour revenir sur la décision du Conseil départemental de gérer les collèges où se décident l'avenir de nos gamins comme des hôtels : en supprimant trois établissement sans prévenir personne ! 

vendredi 15 juin 2018

Parcoursupercherie

Promesses déçues : comment les étudiants boursiers ont été lésés par Parcoursup

 Avec Parcoursup, les recteurs et les facs doivent fixer des quotas boursiers censés mieux fonctionner que sous APB. Sauf qu'entre les prestigieuses facs parisiennes et les autres, les quotas sont fort différents....

 

Le gouvernement les présente comme l'une des grandes avancées sociales de Parcoursup : désormais, des quotas minimaux de boursiers sont fixés dans chaque filière publique sélective ou en tension. L'objectif avec cette mesure, arrivée dans la loi relative à l'orientation et à la réussite des étudiants (ORE) à la faveur d'un amendement du groupe socialiste à l'Assemblée, est de "favoriser l'accession du plus grand nombre à un diplôme d'enseignement supérieur". A la manière d'un "bonus", les taux décidés par les recteurs de chaque académie doivent assurer aux lycéens les moins favorisés de ne pas être éliminés dès le début de la sélection. Parcoursup formalise ici ce qui relevait de la "petite cuisine" interne avec Admission Post-Bac (APB). L'ancien système permettait parfois, à dossier égal, de privilégier les candidats boursiers dans certaines filières. Problème : plus organisés, les quotas version Parcoursup ne sont pas plus égalitaires.
Trouver l'ensemble des quotas de boursiers de chaque formation n'est pas chose aisée. Pour avoir une idée de la tendance générale, il faut relever les seuils de chacune des formations proposées sur le site de Parcoursup. Ce colossal travail de fourmi a été mené pour l'Île-de-France par les chercheurs Milan Bouchet-Valat, Marie Paule Couto et Léonard Moulin, et le constat est sans appel : les différences entre universités - et parfois même entre filières - sont criantes. Si, pour beaucoup d'entre elles, les taux de boursiers oscillent entre 10 et 20%, certaines doivent à peine en accepter 5%.

Moins de boursiers pour les universités parisiennes

Autre constat : les universités du centre de la capitale, comme Paris 2 Panthéon-Assas, ou Paris 3 Sorbonne Nouvelle, sont libres d'accepter moins de 6% de boursiers. A l'inverse, celles de banlieue, comme Paris Est-Créteil (11,2%) ou Paris 13 Nord (15,4%) doivent en accueillir au minimum 12%. "C'est un phénomène que l'on constate particulièrement à Paris, précise Léonard Moulin, chargé de recherche à l'institut national d'études démographiques. La capitale est l'un des seuls endroits en France où les universités sont extrêmement rapprochées géographiquement et où les écarts sont les plus flagrants".
Ces différences de taux s'accroissent encore davantage lorsque l'on se penche sur les filières de droit parisiennes, championnes toutes catégories des inégalités entre boursiers. Ainsi, l'université Paris 13 Villetaneuse-Bobigny accueillera l'année prochaine plus de 18% de boursiers, tandis que celle de Paris 1 Panthéon Sorbonne ne doit en recevoir… que 2%. Et l'écart devient de plus en plus aberrant lorsqu'on compare deux filières d'une même université, situées dans deux zones géographiques différentes. Si la filière de Droit-Economie-Gestion de Panthéon-Assas s'est vu attribuer un taux minimum de 2%, son antenne en banlieue, à Melun, doit, quant à elle, impérativement accepter plus de 10% de boursiers.

"Hypocrisie du message gouvernemental"

Devant ce gouffre, les enseignants du supérieur sont nombreux à pointer, à l'exemple d'Anne Bory, maîtresse de conférences en sociologie à la Faculté des Sciences économiques et sociales, "l'hypocrisie du message gouvernemental" : "Ce n'est pas en intégrant 2% de boursiers que l'on va favoriser les étudiants des classes populaires ! s'étrangle-t-elle. Si le gouvernement veut permettre la discrimination positive des boursiers, pourquoi il y en aurait-il moins à Assas qu'à Roubaix ? A Paris qu'à Melun ?"

Pourquoi une telle différence entre les universités ? Beaucoup d'enseignants ne s'avancent pas, pointant seulement "le manque de transparence" du processus d'affectation de Parcoursup. "Il n'y a pas réellement d'information sur la manière dont ces taux ont été fixés, confirme Leïla Frouillou, maîtresse de conférences en sociologie à l'université Paris-Nanterre. Aucune règle n'a été publiée, aucune consigne. On ne sait pas si ça résulte de choix des académies, des recteurs, on ne peut que faire des hypothèses..."

Autocensure des étudiants

Il existe tout de même quelques pistes d'explication. La première est inscrite dans le texte de la loi ORE qui indique que, dans les filières en tension, "l'autorité académique fixe un pourcentage minimal de bacheliers" boursiers, "en fonction du rapport entre le nombre" de candidats à la formation "et le nombre total de demandes". Les 2, 10 ou 20% ne sont donc pas tirés d'un chapeau et sont, du moins en partie, issus d'un calcul mathématique. En clair, cela signifie que pour trouver leurs taux, les recteurs doivent effectuer un simple produit en croix : le nombre de dossiers de boursiers s'y présentant divisé par le nombre total de candidatures, multiplié par cent. En théorie, le rectorat n'a donc eu qu'à automatiser ce processus pour fixer l'ensemble des quotas dans chaque filière. Contactée, l'académie de Paris nie l'existence de tout "processus mécanique" et affirme que plusieurs facteurs ont été pris en compte : le nombre de candidats, mais aussi la situation de la filière l'an passé ainsi que les souhaits des présidents d'université, certains souhaitant moins et d'autres plus de boursiers.
"Le lycéen va rationaliser son choix. Il va estimer que cette université est trop difficile à atteindre et refuser d'y aller"
Pour Léonard Moulin, l'hypothèse la plus probable est celle d'un calcul, qui découle du comportement des lycéens eux-mêmes : "Ces disparités que l'on observe sont au départ moins le fait des facs que des disparités dans les candidatures, dès le départ", estime-t-il. C'est ici que se trouverait la raison fondamentale des disparités entre les universités : "Dans l'idéal, on devrait évidemment avoir le même nombre de boursiers dans toutes les universités, mais souvent, ils se censurent", remarque-t-il. Par peur de s'aventurer dans des universités dites "prestigieuses", de devoir louer un studio à Paris, même aidé d'une bourse, les lycéens de banlieue renoncent à candidater. "Le lycéen va rationaliser son choix, développe Léonard Moulin. Il va estimer que cette université est trop difficile à atteindre et refuser d'y aller".
Résultat : seuls les meilleurs des meilleurs boursiers, qui ont vaincu l'autocensure, parviendront peut-être à avoir une place dans les universités parisiennes les plus prisées. Les autres resteront chez eux. "Avec Parcoursup, les étudiants sont en principe libres d'aller où ils veulent, remarque Pierre Chantelot, du syndicat SNESUP-FSU. Mais le gouvernement joue clairement sur l'autocensure des étudiants pour mieux gérer leurs flux : les étudiants de banlieue restent en banlieue et les plus aisés restent ou s'installent à Paris."

Le choix aux facs

Reste que les universités sont en réalité loin d'être démunies face à cet effet pervers. Assas ou la Sorbonne auraient très bien pu faire le choix d'augmenter leur taux minimum de boursiers : rien ne l'interdit dans la loi ORE, au contraire. "J'ignore s'ils ont uniquement choisi de se référer aux demandes minimum, mais il y a quand même sans doute une grande marge de manoeuvre, regrette Leïla Frouillou. On pourrait avoir une interprétation plus large de ce minimum, en se disant qu'il s'agit d'un taux d'affichage, d’un taux objectif. S'il ne peut pas être atteint, ce n'est pas un problème : on affectera d'autres personnes". Une manière de créer un appel d'air et d'inciter les candidats boursiers à davantage candidater l'année suivante : "Cela permettrait d'assurer une meilleure mixité sociale". De quoi, à ce moment, apporter un vrai "bonus" aux candidatures des bacheliers boursiers.



 

mercredi 13 juin 2018

Pour Macron, les aides sociales "déresponsabilisent" et "coûtent un pognon de dingue"



Alors qu'Emmanuel Macron doit dévoiler ce mercredi 13 juin le cadre de sa politique sociale, l'Elysée a publiée une vidéo dans laquelle le président de la République fustige les aides sociales qui coûtent un "pognon de dingue" sans endiguer la pauvreté.
Décidément, le coup de barre à gauche attendra. Alors qu'il doit se rendre ce mercredi 13 juin à Montpellier pour définir l'orientation de sa politique sociale, une vidéo publiée quelques heures auparavant sur Twitter par sa conseillère presse Sibeth Ndiaye montre Emmanuel Macron peaufinant son discours, entouré de ses conseillers. Dans un langage familier, le président de la République peste contre des aides sociales qui coûteraient trop cher à l'Etat : "La politique sociale, regardez, on met un pognon de dingue dans des minimas sociaux et les gens sont quand même pauvres".
Dans cette vidéo faussement off, Emmanuel Macron pose un diagnostic tranché sur le système social français. "On met trop de pognon, on déresponsabilise et on est dans le curatif", explique-t-il avec une gestuelle très sarkozyenne, tapant du poing sur son bureau. Il dévoile alors ses intentions sur le sujet : "Toute notre politique sociale, c’est qu’on doit mieux prévenir - ça nous coûtera moins, ensemble - et mieux responsabiliser tous les acteurs, s’écrie-t-il. [Aujourd'hui] les gens pauvres restent pauvres, ceux qui tombent pauvres restent pauvres. On doit avoir un truc qui permet aux gens de s’en sortir. Par l’éducation…".

Une "politique de responsabilité"

"Responsabilisation", le mot revient plusieurs fois dans la bouche du chef de l'Etat, comme s'il fallait donner un coup de pied au derrière des bénéficiaires d'aides sociales : "Il faut prévenir la pauvreté et responsabiliser les gens pour qu’ils sortent de la pauvreté. Et sur la santé, c’est pareil. Tout le système de soins que je veux repenser, c’est aller vers plus de prévention pour responsabiliser, y compris les acteurs de soins".
C'est alors qu'il mentionne la mise en place prochaine de l'une de ses promesses de campagne : le "reste à charge zéro". Soit le remboursement à 100% de certaines lunettes, prothèses auditives et dentaires. Une réforme destinée aux personnes qui renoncent aux soins et une façon de tenter de se débarrasser de l'étiquette de "président des riches" qui lui colle à la peau : "C’est dans ce contexte-là qu’on fait le reste à charge zéro. C’est une politique de responsabilité car tout le monde va au pot […], je demanderai des efforts aux mecs qui font des lunettes, aux types qui font des verres". Et de conclure sur une métaphore culinaire, en rejetant le discours que ses collaborateurs lui avaient porposé : "Là, c’est cohérent. Sinon vous n’aviez pas de fil directeur. C’était de la lasagne à la feta avec de la paella !".

Un plan d'économie de 7 milliards d'euros

Une rhétorique qui correspond à la petite musique gouvernementale jouée ces dernières semaines sur les aides sociales. La diffusion de cette vidéo semble en effet s'inscrire dans un plan de communication de l'exécutif visant à faire avaler à l'opinion une baisse à venir des minimas sociaux dans le but de réaliser des économies. C'est en tout cas ce qu'a assuré la semaine dernière Le Canard Enchaîné, qui a dévoilé le chiffre de 7 milliards d'euros d'ici à 2022, et qui ce mercredi 13 juin cite un conseiller gouvernemental sous le couvert de l'anonymat : "Pour éviter que les oppositions se coagulent contre ces économies budgétaires, il était prévu qu'aucune donnée chiffrée ne devait sortir avant que l'opinion soit préparée par des sondages opportuns et par une communication gouvernementale justifiant par avance ces mesures".
Un objectif qui avait été démenti par Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, sur RTL le 6 juin, tout en concédant tout de même qu'il y a "trop" de prestations sociales en France. "Nous recherchons ce qui fonctionne, nous arrêtons de financer ce qui ne fonctionne pas", dans le but que la "totalité des prestations" soit passée au crible de "l'exigence d'efficacité". Des déclarations qui intervenaient quelques jours après celles de Gérald Darmanin également sur RTL. Assurant également qu'il y a "trop" d'aides sociales en France, le ministre de l'Action et des Comptes publics soulignait pour sa part qu'il fallait "revoir le système d'aides sociales" : "Il y a une multiplicité d'allocations qui sont parfois contradictoires dans leur objectif". Et le ministre de l'Economie Bruno Le Maire de reprendre le refrain ce mercredi 13 juin sur RTL, appelant une politique d'aides sociales plus "utile". Vous l'avez, la petite musique ?